Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo SRI AUROBINDO - YOGA INTEGRAL: 2010

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

La relation entre Gourou et disciple


" La relation entre Gourou et disciple n’est qu’une l’une des nombreuses relations que l’on peut avoir avec le Divin et dans notre yoga, où le but est une réalisation supramentale, il n’est pas habituel de lui donner ce nom.
  Le divin est plutôt considéré comme la Source, le vivant Soleil de Lumière, de Connaissance, de Conscience et de réalisation spirituelles, et tout ce que l’on reçoit, on le sent venir de là, on sent que tout l’être est remodelé par la Main Divine.
  C’est une relation plus grande et plus intime que la relation entre Gourou humain et disciple qui relève d’un idéal mental plus limité. Néanmoins si l’intellect a encore besoin de cette conception mentale, qui lui est plus familière, elle peut être conservée tant qu’elle est nécessaire.
  Seulement, ne permettez pas à l’âme de s’y attacher, ne laissez pas cette conception mentale restreindre l’afflux d’autres relations avec le Divin et de formes d’expérience plus vastes."

Sri Aurobindo
Lettres sur le Yoga, Tome 3 -
Extrait-

LE SADHAK DU YOGA INTEGRAL

In..Sri Aurobindo LA SYNTHÈSE DES YOGAS I
....."LES QUATRE AIDES"  

Le sâdhak du yoga intégral doit se souvenir que toutes les Écritures, si grande soit leur autorité, si large soit leur esprit, ne sont et ne peuvent être rien autre qu'une expression partielle de la Connaissance éternelle. Il se servira de l'Écriture mais ne se laissera jamais lier par elle, quelle que soit sa grandeur. Dans la mesure où elle est profonde, vaste, universelle, elle peut exercer sur lui une influence bienfaisante et d'une incalculable impor­tance. Elle peut participer à son éveil aux vérités suprêmes, à sa réalisation des plus hautes expériences. Son yoga peut être gouverné pendant longtemps par une Écriture ou plusieurs successivement — la Guîtâ, par exemple, les Oupanishads, le Véda, si sa voie est celle de la grande tradition hindoue. Il se peut aussi qu'une bonne partie de son développement utilise comme matériaux l'expérience variée des vérités de nombreuses Écritures et enrichisse ainsi l'avenir de tout ce que le passé a de meilleur. Mais en fin de compte, ou même dès le début s'il le peut, et toujours, c'est dans son âme qu'il doit prendre position et vivre, par-delà toutes les Vérités écrites — shabda­brahmâtivartaté —, par-delà tout ce qu'il a entendu et tout ce qu'il doit encore entendre — shrôtavyasya shroutasya cha. Car il n'est pas le sâdhak d'un livre, ni même de beaucoup de livres; il est le sâdhak de l'Infini.

Extrait de:
LES QUATRE AIDES

L'erreur fondamentale du Mental - Avidyâyâm antare

Sri Aurobindo, LA VIE DIVINE -Extrait du chapitre XVIII 
"Mental et Supramental"



[...]L'erreur fondamentale du Mental est donc cette perte de la connaissance de soi, par quoi l'âme individuelle conçoit son individualité comme un fait séparé et non comme une forme de l'Unité, et se fait le centre de son propre univers, au lieu de se connaître comme étant une concentration de l'universel. De cette erreur originelle, toutes ses ignorances et limitations particulières sont des résultats contingents. Car, ne considérant le flux des choses que tel qu'il coule sur lui et à travers lui, il fait une limitation d'être qui produit une limitation de conscience et par conséquent de connaissance, une limitation de force consciente et de volonté et par conséquent de pouvoir, une limitation de jouissance de soi et par conséquent de félicité. Comme il n'est conscient des choses et ne les connaît que telles qu'elles se présentent à son individualité, il tombe dans une ignorance du reste et par conséquent dans une conception erronée de cela même qu'il semble connaître : car, puisque tout l'être est interdépendant, la connaissance du tout ou de l'essence est nécessaire à la connaissance juste de la partie. D'où un élément d'erreur en toute connaissance humaine. De même, notre volonté, ignorante du reste de la volonté totale, tombe nécessairement dans une erreur de fonctionnement, dans une incapacité, une impuissance plus ou moins grandes ; la félicité que l'âme trouve en soi et dans les choses, méconnaissant la béatitude du Tout et impuissante à maîtriser son monde par manque de volonté et de connaissance, devient nécessairement incapable du délice de posséder, et par conséquent tombe dans la souffrance. L'ignorance de soi est donc la racine de toute la perversité de notre existence, et cette perversité se fortifie dans la limitation de soi, l'égoïsme qui est la forme prise par cette ignorance de soi. Et cependant toute ignorance et toute perversité ne sont que la déformation de la vérité et de la justesse des choses, et non le jeu d'une fausseté absolue. C'est la conséquence de ce que le Mental envisage les choses dans la division qu'il a établie, avidyâyâm antare, au lieu d'envisager lui-même et ses divisions comme des instruments et des phénomènes du jeu de la vérité de Sachchidânanda. S'il retourne à la vérité d'où il est tombé, il re-devient l'action finale de la Vérité-Consciente en son opération appréhensive, et les rapports qu'il aide à créer en cette lumière et cette puissance seront des rapports de Vérité et non de perversité. Ils seront — selon la distinction expressive des rishis védiques —les choses droites et non point les tordues, c'est-à-dire des Vérités de divine existence, avec la conscience, la volonté et la félicité de la divine existence se possédant soi-même et se mouvant harmonieusement en soi-même. Ce que nous voyons plutôt à présent, c'est le mouvement dévié et en zigzag du mental et de la vie, les contorsions que fait l'âme devenue oublieuse de son être véritable dans sa lutte pour se retrouver, pour résoudre toute erreur passée en cette vérité que limitent ou déforment notre vérité comme notre erreur, notre bien comme notre mal, pour résoudre toute incapacité en cette force pour la possession de laquelle luttent notre puissance et notre faiblesse ; toute souffrance en cette félicité que cherche à réaliser le convulsif effort de sensation que sont notre joie et notre douleur; toute mort en cette immortalité où veut retourner ce constant effort d'être que sont notre vie et notre mort.

LES QUATRE AIDES


................................"Toute la vie est un yoga"

...Sri Aurobindo LA SYNTHÈSE DES YOGAS I


.......................PREMIER LIVRE

..............Le Yoga des Œuvres divines


..........................CHAPITRE I

..................Les quatre aides


C’est par l'action combinée de quatre grands auxiliaires que la siddhi du yoga — la perfection qui vient de la pratique du yoga — peut être le plus aisément atteinte. En premier lieu, la connaissance des vérités, des principes, des pou­voirs et des procédés (shâstras) qui gouvernent la réalisation. Ensuite, un travail patient et persévérant suivant les lignes tracées par la connaissance : c'est la force de l'effort personnel (outsâha). Troisièmement, pour soulever notre connaissance et notre effort et les faire entrer dans le domaine de l'expérience spirituelle, interviennent la suggestion directe, l'exemple et l'influence de l'Instructeur (gourou). Enfin, le concours du temps (kâla), car pour toute chose il est un cycle d'action et une période de mouvement divin.



Le Shâstra suprême du yoga intégral est le Véda éternel caché dans le coeur de tout être vivant et pensant. Le lotus de la connaissance éternelle et de la perfection éternelle est un bou­ton fermé et replié en nous. Il s'ouvre rapidement ou graduel­lement, pétale après pétale, par des réalisations successives, dès que l'intelligence de l'homme commence à se tourner vers l'Éternel et que son cœur, n'étant plus comprimé et confiné par l'attachement aux apparences finies, s'éprend, à quelque degré que ce soit, de l'Infini. Toute la vie, toute pensée, toute énergie issue de nos facultés, toute expérience passive ou active, de­viennent dès lors autant de chocs qui brisent les téguments de l'âme et enlèvent les obstacles à son inévitable efflorescence. Celui qui choisit l'Infini, a été choisi par l'Infini. Il a reçu l'attouchement divin sans lequel il n'est pas d'éveil, pas d'ou­verture de l'esprit; mais une fois reçu, l'accomplissement est certain, soit par une conquête rapide au cours d'une seule vie humaine, soit par une poursuite patiente à travers les nombreux stades du cycle de l'existence dans l'univers manifesté.

Rien ne peut être appris à l'intelligence qui ne soit déjà secrètement connu, en puissance dans l'âme qui s'épanouit. De même, toute la perfection dont l'homme extérieur est capable, n'est que la réalisation de l'éternelle perfection de l'Esprit qui est en lui. Nous connaissons le Divin et devenons le Divin parce que nous Le sommes déjà dans notre nature intime. Tout en­seignement est une révélation, tout devenir un dévoilement. La découverte de soi est le secret ; la connaissance de soi et une conscience toujours plus large sont le moyen et le procédé.

L'intermédiaire habituel de cette révélation est le Verbe, la chose entendue (shrouta). Le Verbe peut venir à nous du de­dans ; il peut venir aussi du dehors. Mais dans les deux cas, il sert seulement à rendre active la connaissance cachée en nous. Le Verbe intérieur peut être la parole de l'âme profonde en nous, toujours ouverte au Divin, ou celle de l'Instructeur uni­versel et secret qui demeure dans le cœur de chacun. Il est des cas exceptionnels où personne d'autre n'est nécessaire, car tout le reste du yoga se développe sous cette direction et par ce contact constants : le lotus de la connaissance s'ouvre au-dedans par le pouvoir du rayonnement resplendissant de Celui qui habite le lotus du coeur. Ils sont grands autant que rares, en vérité, ceux à qui suffit ainsi la connaissance intérieure et qui n'ont pas besoin de subir l'influence directrice du livre écrit ou de l'instructeur vivant.

Le Verbe du dehors, en tant qu'il représente le Divin, est généralement l'aide nécessaire dans le travail de développement de soi ; ce peut être une parole venue du passé ou la parole plus puissante d'un gourou vivant. En certains cas, le Verbe repré­sentatif n'est qu'un prétexte en quelque sorte, pour que le pouvoir intérieur s'éveille et se manifeste; c'est pour ainsi dire une concession du Divin omnipotent et omniscient à la loi générale qui gouverne la Nature. Ainsi est-il dit dans les Oupa­nishads, que Krishna, fils de Dévakî reçut le mot du rishi Ghora et qu'il eut la connaissance. De même Râmakrishna, ayant atteint par son effort intérieur l'illumination centrale, accepta plusieurs instructeurs sur les différentes voies du yoga ; mais toujours, par la manière et la rapidité de sa réalisation, il montra que ce n'était qu'une concession à la règle générale selon laquelle toute con­naissance effective doit être reçue de gourou à disciple.

Mais d'habitude, l'influence du Verbe représentatif occupe une bien plus grande place dans la vie du sâdhak. Si le yoga est guidé par un Shâstra écrit — quelque Parole du passé incarnant l'expérience des anciens yogis — il peut se pratiquer par le seul effort personnel ou avec l'aide d'un gourou. La connaissance spirituelle s'acquiert alors par la méditation sur les vérités en­seignées et devient vivante et consciente lorsque ces vérités se réalisent dans l'expérience personnelle ; le yoga suit les résultats des méthodes prescrites et enseignées par l'Écriture ou la tradi­tion en les renforçant et les illuminant par les instructions du Maître. C'est une pratique plus étroite, mais sûre et efficace dans ses limites, car elle suit un sentier bien battu et mène à un but depuis longtemps familier.

Le sâdhak du yoga intégral doit se souvenir que toutes les Écritures, si grande soit leur autorité, si large soit leur esprit, ne sont et ne peuvent être rien autre qu'une expression partielle de la Connaissance éternelle. Il se servira de l'Écriture mais ne se laissera jamais lier par elle, quelle que soit sa grandeur. Dans la mesure où elle est profonde, vaste, universelle, elle peut exercer sur lui une influence bienfaisante et d'une incalculable impor­tance. Elle peut participer à son éveil aux vérités suprêmes, à sa réalisation des plus hautes expériences. Son yoga peut être gouverné pendant longtemps par une Écriture ou plusieurs successivement — la Guîtâ, par exemple, les Oupanishads, le Véda, si sa voie est celle de la grande tradition hindoue. Il se peut aussi qu'une bonne partie de son développement utilise comme matériaux l'expérience variée des vérités de nombreuses Écritures et enrichisse ainsi l'avenir de tout ce que le passé a de meilleur. Mais en fin de compte, ou même dès le début s'il le peut, et toujours, c'est dans son âme qu'il doit prendre position et vivre, par-delà toutes les Vérités écrites — shabda­brahmâtivartaté —, par-delà tout ce qu'il a entendu et tout ce qu'il doit encore entendre — shrôtavyasya shroutasya cha. Car il n'est pas le sâdhak d'un livre, ni même de beaucoup de livres; il est le sâdhak de l'Infini.

Il est un autre genre de Shâstra, qui n'est pas à proprement parler une Écriture mais un exposé de la science et des méthodes ou des principes d'exécution et des modalités du chemin de yoga que le sâdhak choisit de suivre. Chaque chemin a son Shâstra, écrit ou traditionnel, qui passe de bouche en bouche par une longue suite d'Instructeurs. En Inde, une grande autorité et même une haute vénération s'attachent d'habitude à l'enseigne­ment écrit ou traditionnel. Toutes les lignes de yoga sont considérées comme fixées une fois pour toutes, et l'Instructeur, qui a reçu traditionnellement le Shâstra et l'a pratiquement réalisé, guide le disciple au long des sentiers immémoriaux. On entend même souvent cette objection contre les pratiques nouvelles, les enseignements yoguiques nouveaux ou l'adoption de quelque formule nouvelle : "Ce n'est pas en accord avec le Shâstra." Mais ni en fait ni dans les pratiques normales des yogis, on ne rencontre vraiment cette complète rigidité de porte de fer contre toute vérité nouvelle, toute révélation neuve, toute expérience plus large. L'enseignement écrit ou traditionnel exprime la con­naissance et les expériences de bien des siècles, systématisées, organisées, rendues accessibles au débutant. Son importance et son utilité sont donc immenses. Mais une grande liberté de variation et de développement reste toujours possible. Même un système aussi hautement scientifique que le Râdja-yoga peut se pratiquer sur d'autres lignes que la méthode organisée par Patandjali. Chacune des trois voies, ou trimârga(1), se divise en de nombreux sentiers latéraux qui se rejoignent tous au but. La connaissance générale sur laquelle le yoga s'appuie, est fixe, mais il faut que l'ordre, la succession, les procédés et les formes puissent varier, car les impulsions et les besoins particuliers de chaque nature individuelle doivent être satisfaits, même si les vérités générales demeurent inébranlables et constantes.

Plus que tout autre, un yoga intégral et synthétique exige de n'être lié par aucun Shâstra, écrit ou traditionnel, car tout en embrassant la connaissance reçue du passé, il cherche à l'orga­niser nouvellement pour le présent et pour l'avenir. Une liberté absolue d'expérience et de formulation de la connaissance en des termes neufs et des combinaisons neuves, est la condition de sa formation. S'efforçant d'embrasser la vie entière, sa position n'est pas celle d'un pèlerin qui suit la grand-route vers sa destination, mais, sur ce point tout au moins, d'un pionnier qui fraye son chemin dans la forêt vierge. Car depuis longtemps le yoga s'est éloigné de la vie, et les systèmes anciens qui ont essayé d'inclure la vie tels ceux de nos ancêtres védiques, sont très loin de nous ; ils sont exprimés en des termes qui ne nous sont plus accessibles, coulés en des formes qui ne sont plus applicables. Depuis lors, l'humanité a fait du chemin sur le courant du temps éternel, et, bien que le problème reste le même, le point de départ doit être nouveau.

Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini : nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. C'est pourquoi le Shâstra de notre yoga doit donner une liberté infinie à l'âme humaine réceptive. La vraie condition d'une vie spirituelle complète dans l'homme est de permettre à l'individu d'adapter librement le mode et la façon dont il ac­cueille en lui-même l'Universel et le Transcendant. Vivékânanda faisait remarquer que l'unité de toutes les religions devait nécessairement se traduire par une richesse et une variété de formes grandissantes, et il disait un jour que cette unité essentielle trouverait son état parfait lorsque chaque homme aurait sa propre religion et que n'étant plus lié par aucune secte ni aucune forme traditionnelle, chacun suivrait librement le mou­vement d'adaptation de sa nature dans ses rapports avec le Suprême. De même, on peut dire que la perfection du yoga intégral sera atteinte quand chaque homme sera capable de suivre son propre chemin de yoga et de poursuivre le dévelop­pement de sa propre nature dans son élan vers ce qui transcende toute nature. Car la liberté est la loi finale et l'ultime accomplis­sement.

En attendant, certaines lignes générales doivent être tracées, qui pourront aider à guider la pensée et la pratique du sâdhak. Mais il faut autant que possible qu'elles prennent la forme de vérités générales, de déclarations générales de principes, de directives puissantes, mais très larges, qui orientent l'effort et le développement, plutôt que d'un système fixe que l'on doive suivre comme une routine. Tout Shâstra est le produit de l'expérience passée et une aide pour l'expérience future. C'est une aide, et aussi un guide partiel. Il dresse les poteaux indicateurs, fournit les noms des routes principales et des régions déjà explorées afin que le voyageur sache où il va et par quels chemins il avance.



Le reste dépend de l'expérience et de l'effort personnels, et du pouvoir du Guide.

Le développement de l'expérience et sa rapidité, son amplitude, l'intensité et le pouvoir de ses résultats, dépendent principale­ment, au début du chemin et pour longtemps, de l'aspiration et de l'effort personnels du sâdhak. Le processus du yoga consiste à sortir l'âme humaine de son état de conscience égoïste, absorbé dans les apparences extérieures et dans l'attraction des choses, et à la tourner vers un état supérieur où le Transcendant et l'Universel peuvent se couler dans le moule individuel et le transformer. Par conséquent, le premier élément déterminant de la siddhi est l'intensité du changement d'orientation, la force qui tourne l'âme vers le dedans. La puissance d'aspiration du coeur, la force de la volonté, la concentration du mental, la persévérance et la détermination de l'énergie mise en oeuvre, donnent la mesure de cette intensité. Le sâdhak idéal doit pouvoir dire à la façon biblique : "Le zèle du Seigneur me dévore." Et c'est ce zèle pour le Seigneur, outsâha — le zèle de la nature entière pour sa fin divine, vyâkoulatâ, l'ardeur du coeur à atteindre le Divin — qui dévore l'ego, brise les limitations de son moule étroit et mesquin, et le rend apte à recevoir largement et pleinement ce qu'il cherche, car ce qu'il cherche est universel et transcendant, et par conséquent dépasse ou surpasse la nature et le moi individuels même les plus vastes et les plus hauts.

Mais ceci n'est qu'un aspect de la force qui travaille à la perfection. Le processus du yoga intégral comporte trois étapes, qui ne sont pas nettement distinctes ni séparées, certes, mais dans une certaine mesure successives. D'abord, il faut un effort vers un commencement de transcendance de soi, au moins, qui permette le contact avec le Divin ; ensuite, il faut recevoir en nous-même Cela qui nous transcende, Ce avec quoi nous avons obtenu la communion, afin de transformer la totalité de notre être conscient ; enfin, utiliser notre humanité transformée comme un centre divin dans le monde. Tant que le contact avec le Divin n'est pas établi à un degré assez considérable, tant qu'il n'y a pas une certaine identité continue, sâyoudjya, l'élément d'effort personnel doit normalement prédominer. Mais à mesure que le contact s'établit, le sâdhak doit devenir conscient d'une force qui n'est pas la sienne et qui œuvre en lui, une force qui transcende son effort et sa capacité égoïste, et à ce Pouvoir, il apprend progressivement à se soumettre et à abandonner la charge de son yoga. Finalement, sa force et sa volonté propres ne font plus qu'une avec le Pouvoir supérieur; elles s'im­mergent en la Volonté divine et en sa Force transcendante et universelle. Il s'aperçoit dès lors que c'est elle qui préside à la transformation nécessaire de son être mental, vital et physique, avec une sagesse impartiale et une efficacité providentielle dont l'ego, avide et intéressé, est incapable. Quand cette identifica­tion, cette fusion de soi sont complètes, le centre divin dans le monde est prêt. Purifié, libéré, plastique, illuminé, il peut commencer à devenir un moyen d'action directe du Pouvoir suprême dans un yoga plus large, le yoga de l'humanité ou de la surhumanité, le yoga du progrès spirituel de la terre ou de sa transformation.

En fait, c'est toujours le Pouvoir supérieur qui agit. Nous avons le sentiment d'une aspiration et d'un effort personnels, mais c'est notre mental égoïste qui cherche d'une façon fausse et imparfaite à s'identifier aux opérations de la Force divine. Il s'obstine à vouloir appliquer aux expériences supranormales les termes mentaux ordinaires qu'il applique à ses expériences normales du monde. Dans le monde, toutes nos actions sont celles de l'égoïsme; nous nous imaginons que les forces univer­selles qui œuvrent en nous sont nôtres, nous revendiquons comme un effet de notre volonté et de notre sagesse, de notre force, de notre vertu personnelles, le choix, la formation et le progrès accomplis par le Transcendant dans le cadre de notre mental, de notre vie et de notre corps. L'illumination nous apporte la connaissance que l'ego n'est qu'un instrument; nous commençons à percevoir et à sentir que ces choses sont "nôtres" en ce sens qu'elles appartiennent à notre Moi suprême et intégral qui est un avec le Transcendant, et non à notre ego instrumental. Nos limitations et nos déformations sont notre contribution au travail; le vrai pouvoir dedans est le Pouvoir du Divin. Quand l'ego humain reconnaît que sa volonté est un outil, sa sagesse une ignorance et un enfantillage, son pouvoir un tâtonnement d'enfant, sa vertu une prétentieuse impureté, et qu'il apprend à se confier à Cela qui le transcende, c'est pour lui le salut. L'apparente liberté et l'indépendance de cet être personnel auquel nous sommes si profondément attachés, cachent la plus pitoyable sujétion à un millier de suggestions, d'impulsions et de forces que nous avons rendues étrangères à notre petite per­sonne. Notre ego, qui se vante de liberté, est à chaque instant l'esclave, le jouet et la marionnette d'innombrables êtres, puis­sances, forces et influences de la Nature universelle. En abdi­quant dans le Divin, l'ego s'accomplit; en se soumettant à Cela qui le transcende, il s'affranchit de l'esclavage et des limites et trouve sa parfaite liberté.

Mais dans notre développement pratique, chacune de ces trois étapes, a sa nécessité et son utilité, et il faut à chacune donner son temps et sa place. Il ne serait pas bon, ni sûr ni efficace, de commencer seulement par la dernière et la plus haute. Sauter prématurément de l'une à l'autre ne serait pas non plus la bonne voie. Car même si, dès le commencement, nous reconnaissons le Suprême dans notre mental et dans notre cœur, il reste des éléments de notre nature qui pendant long­temps empêchent cette reconnaissance de devenir une réali­sation. Et sans réalisation, notre croyance mentale ne peut pas devenir une réalité dynamique; elle est seulement une forme de connaissance, non une vérité vivante ; une idée, non un pouvoir. Et même s'il y a un début de réalisation, il peut être dangereux d'imaginer ou de présumer trop tôt que nous sommes entière­ment entre les mains du Suprême ou que nous agissons comme son instrument. Cette présomption peut introduire une fausseté funeste, elle peut produire une inertie incohérente ou, exaltant les mouvements de l'ego sous le Nom divin, ruiner et dévoyer d'une façon désastreuse la marche tout entière du yoga. Il est une période plus ou moins longue d'effort intérieur et de lutte pendant laquelle la volonté individuelle doit rejeter activement l'obscurité et les déformations de la nature inférieure et se ranger résolument ou impétueusement du côté de la Lumière divine. Les énergies mentales, les émotions du cœur, les dé­sirs vitaux et même l'être physique, doivent être contraints à prendre l'attitude droite ou entraînés à admettre les influences droites et à ne répondre qu'à elles. Alors seulement, quand ce travail est vraiment fait, la soumission de l'intérieur au supérieur peut s'accomplir, car alors seulement le sacrifice est devenu acceptable.

La volonté personnelle du sâdhak doit commencer par se saisir des énergies égoïstes et les tourner vers la lumière et le vrai; ceci fait, il faut encore qu'il les entraîne à toujours recon­naître cela, toujours accepter, toujours suivre cela. À mesure qu'il progresse, il apprend, en se servant encore de la volonté personnelle, de l'effort personnel et des énergies personnelles, à les employer comme des représentants du Pouvoir supérieur et dans une obéissance consciente à l'Influence supérieure. Quand il progressera encore davantage, sa volonté, son effort et son énergie ne seront plus personnels ni séparés, mais des activités de ce Pouvoir et de cette Influence supérieurs qui œuvreront dans l'individu. Pourtant, il restera encore une sorte de gouffre ou de distance qui obligeront à un obscur processus de trans­mission, pas toujours exact, parfois même très déformant, entre l'Origine divine et l'émergence du courant humain. À la fin du développement, avec la disparition progressive de l'égoïsme, de l'impureté et de l'ignorance, cette dernière séparation s'efface et tout dans l'individu devient l'œuvre divine.



De même que le suprême Shâstra du yoga intégral est le Véda éternel caché dans le coeur de tout homme, de même son guide et instructeur suprême est le Guide intérieur, l'Instructeur du monde, jagad-gourou, caché en nous. C'est lui qui détruit notre obscurité par la lumière resplendissante de sa connaissance; cette lumière devient en nous la gloire croissante de sa révélation. Progressivement, il dévoile en nous sa nature de liberté, de béatitude, d'amour, de pouvoir, d'existence immortelle. Il met devant nous l'idéal de son exemple divin et transforme l'existence inférieure en une réflexion de ce qu'elle contemple. En infusant en nous son influence et sa présence, il rend l'indi­vidu capable de parvenir à l'identité avec l'Universel et le Transcendant.

Quelle est sa méthode, son système ? Il n'a pas de méthode et il a toutes les méthodes. Son système est une organisation natu­relle des processus et des mouvements les plus hauts dont la nature soit capable. Les mouvements supérieurs s'appliquent aux détails les plus infimes et aux actions apparemment les plus insignifiantes avec autant de soin et de minutie qu'aux plus grandes, et finissent par tout soulever dans la Lumière et tout transformer. Car dans son yoga, rien n'est trop petit pour être utilisé et rien n'est trop grand pour être tenté. De même que le serviteur et disciple du Maître ne doit pas avoir d'orgueil ni d'égoïsme car tout est fait pour lui d'en haut, de même il n'a aucun droit de se décourager à cause de ses insuffisances personnelles ou des trébuchements de sa nature. Car la Force qui travaille en lui est impersonnelle (ou supra-personnelle) et infinie.

Reconnaître pleinement ce Guide intérieur, Maître du yoga, lumière et seigneur de tous les sacrifices, but de tous les efforts, est d'une importance capitale sur le chemin de la perfection intégrale. Peu importe que nous le considérions tout d'abord comme une Sagesse, un Pouvoir, un Amour impersonnels derrière toute chose, comme un Absolu se manifestant dans le relatif et attirant à lui le relatif, comme notre Moi suprême et comme le Moi suprême de tout, comme une Personne divine en nous et dans le monde, sous l'un des innombrables noms et l'une des innombrables formes de Lui (ou Elle), ou comme un idéal conçu par le mental. À la fin, nous percevons qu'il est toutes ces choses et plus qu'elles toutes réunies. La porte men­tale par laquelle nous nous approchons de lui, doit néces­sairement varier suivant l'évolution passée et la nature présente de chacun.

Le Guide intérieur est souvent voilé au début par l'intensité même de notre effort personnel et parce que l'ego est préoccupé de lui-même et de ses propres fins. Mais à mesure que nous gagnons en clarté et que le tourbillon de l'effort égoïste cède la place à une plus calme connaissance de soi, nous reconnaissons la source de la lumière qui grandit en nous. Nous la reconnais­sons rétrospectivement en découvrant comment tous nos mouvements obscurs et contradictoires étaient dirigés vers une fin que nous commençons seulement à percevoir, et comment, avant même notre entrée sur le chemin du yoga, l'évolution de notre vie était délibérément conduite vers ce tournant décisif. Car maintenant, nous commençons à comprendre le sens de nos luttes et de nos efforts, de nos succès et de nos échecs. Nous sommes enfin capables de saisir la raison de nos épreuves et de nos souffrances et nous pouvons apprécier l'aide qui nous a été donnée par tout ce qui nous a résisté et nous a blessés, et l'utilité de nos défaillances et même de nos chutes. Un peu plus tard, nous reconnaissons la direction divine, non plus rétrospective­ment mais immédiatement, dans le modelage de nos pensées par un Voyant transcendant, de notre volonté et de nos actes par un Pouvoir qui embrasse tout, de notre vie émotive par une Béati­tude et un Amour qui attirent tout, assimilent tout. Nous la reconnaissons aussi dans une relation plus personnelle, qui nous a touchés dès le début ou nous saisit à la fin; nous sentons la présence éternelle du Maître, de l'Ami, du Bien-Aimé, de l'Ins­tructeur suprême. Nous la reconnaissons dans l'essence de notre être à mesure que se développent sa ressemblance et son unité avec une existence plus grande et plus large ; car nous perce­vons que ce développement miraculeux n'est pas le résultat de nos propres efforts : une Perfection éternelle nous modèle à son image. Celui qui est le Seigneur ou l'Ishwara des philosophies yoguiques, le Guide dans l'être conscient, chaïtya gourou ou antaryâmin, l'Absolu du penseur, l'Inconnaissable de l'agnos­tique, la Force universelle du matérialiste, l'Âme suprême et la suprême Shakti, l'Un à qui les religions donnent des formes et des noms différents, celui-là est le Maître de notre yoga.

Voir, connaître, devenir et accomplir cet Un dans notre être intérieur et dans toute notre nature extérieure, était depuis tou­jours le but -secret de notre existence dans un corps et devient maintenant notre mobile conscient. Être conscient de lui dans toutes les parties de notre être et aussi dans tout ce que le mental diviseur considère comme en dehors de notre être, tel est le couronnement de la conscience individuelle. Être possédé par lui et le posséder en nous-mêmes et en toutes choses, est le sommet de tout empire et de toute maîtrise. Goûter sa présence dans toutes les expériences, passives ou actives, dans la paix et dans le pouvoir, dans l'unité et dans la différence, telle est la joie que le jîva, l'âme individuelle manifestée dans le monde, cherche obscurément. Traduire en expérience personnelle la vérité que la Nature universelle a cachée en elle-même et qu'elle travaille à découvrir, telle est la définition complète du but du yoga intégral. C'est convertir l'âme humaine en une âme divine et la vie naturelle en une existence divine.



Le plus sûr chemin de cet accomplissement intégral est de trouver le Maître du secret qui demeure en nous, de nous ouvrir constamment au Pouvoir divin, qui est aussi la Sagesse et l'Amour divins, et de nous en remettre à lui pour effectuer cette conversion. Mais il est difficile pour la conscience égoïste de le faire si peu que ce soit au commencement. Et si elle le fait vraiment, il est encore plus difficile de le faire parfaitement et dans toutes les fibres de notre nature. C'est difficile tout d'abord parce que nos habitudes égoïstes de pensée, de sensation et de sentiment, bloquent les passages par lesquels nous pourrions arriver à la perception nécessaire. C'est difficile ensuite parce que la foi, la soumission, le courage requis sur ce chemin, ne sont pas aisés pour l'âme embrumée d'égoïsme. La façon dont le Divin travaille, n'est pas celle que le mental égoïste désire ni même approuve ; car le Divin se sert de l'erreur pour atteindre à la vérité, de la souffrance pour arriver à la béatitude et de l'imperfection pour obtenir la perfection. L'ego ne voit pas où il est conduit; il se révolte contre la direction, perd confiance, perd courage. Ces défaillances importeraient peu, car le divin Guide intérieur n'est pas offensé par notre révolte, pas décou­ragé par notre manque de foi ni rebuté par notre faiblesse; il a tout l'amour de la mère et toute la patience de l'instructeur. Mais en retirant notre assentiment à sa direction, nous perdons conscience de son bienfait, bien que nous ne perdions pas tous ses effets actuels et certes pas le résultat final. Et nous retirons notre consentement parce que nous n'arrivons pas à distinguer notre Moi supérieur du moi inférieur à travers lequel il prépare sa révélation. En nous-mêmes, comme dans le monde, nous ne pouvons pas voir Dieu à cause de ses procédés, et surtout parce qu'il travaille en nous en se servant de notre propre nature et non par une suite de miracles arbitraires. L'homme demande des miracles afin d'avoir la foi ; il veut être ébloui pour voir. Cette impatience, cette ignorance, peuvent devenir la cause d'un grand danger ou d'un désastre si, dans notre révolte contre la direction divine, nous faisons appel à une force dévoyée, plus satisfaisante pour nos impulsions et nos désirs, et lui demandons de nous guider en lui donnant le Nom divin.

Mais s'il est difficile pour l'homme de croire en quelque chose d'invisible au-dedans de lui, il est facile pour lui de croire en quelque chose qu'il peut imager en dehors de lui-même. Le progrès spirituel de la plupart des êtres humains exige un support extérieur, un objet de foi en dehors d'eux. L'homme a besoin d'une image extérieure de Dieu, ou il a besoin d'un représentant humain : Incarnation, Prophète ou Gourou ; par­fois il exige les deux et les reçoit. Car, suivant le besoin de l'âme humaine, le Divin se manifeste sous la forme d'un dieu, d'un homme divin ou simplement d'un homme, se servant de cet épais déguisement qui cache si bien la Divinité pour transmettre sa direction.

La discipline spirituelle hindoue satisfait à ce besoin de l'âme par ses conceptions de l'ishta dévatâ, de l'Avatâr et du Gourou. L'Ishta Dévatâ, ou divinité choisie, ne désigne pas quelque Puissance inférieure mais un nom et une forme de la Divinité transcendante et universelle. Presque toutes les religions ont pour base l'une de ces formes, l'un de ces noms du Divin, ou s'en servent. Leur nécessité pour l'âme humaine est évidente. Dieu est le Tout et plus que le Tout. Mais ce qui est plus que le Tout, comment l'homme peut-il le concevoir ? Au début, même le Tout est trop pour lui, car lui-même, en sa conscience active, est une formation limitée et exclusive et il ne peut s'ouvrir qu'à ce qui est en harmonie avec sa nature bornée. Il y a, dans le Tout, des choses trop difficiles pour sa compréhension ou qui semblent trop terribles pour ses émotions sensitives et ses sen­sations timides. Ou simplement, il ne peut pas concevoir, il ne peut pas approcher, pas reconnaître comme Divin quelque chose qui est trop en dehors du cercle de ses conceptions ignorantes et partielles. Il a besoin de concevoir Dieu à sa propre image, ou sous une forme qui le dépasse peut-être, mais qui s'accorde à ses tendances les plus hautes et reste saisissable par ses sentiments ou son intelligence. Sinon, il aurait de la difficulté à entrer en contact avec le Divin et à communier avec lui.

Même alors, sa nature réclame un intermédiaire humain afin de pouvoir sentir le Divin dans quelque chose de très proche de sa propre humanité et de perceptible dans une influence et un exemple humains. Ce besoin est satisfait par la manifestation du Divin sous une apparence humaine : l'Incarnation, l'Avatâr —Krishna, le Christ, le Bouddha. Et si c'est encore trop difficile à concevoir, le Divin se représente à travers un intermédiaire moins merveilleux : le Prophète ou l'Instructeur. Car beaucoup, qui ne peuvent pas concevoir l'Homme Divin ou qui se refusent à l'accepter, sont prêts à s'ouvrir à l'homme supérieur, qu'ils n'appellent pas une incarnation mais un représentant divin ou un instructeur mondial.

Mais ce n'est pas assez non plus ; une influence vivante, un exemple vivant, un enseignement direct, sont nécessaires. Car rares sont ceux qui peuvent faire d'un Instructeur passé et de son enseignement, d'une Incarnation passée et de son exemple ou de son influence, une force vivante dans leur vie. La disci­pline hindoue satisfait aussi à ce besoin par sa relation de Gourou à disciple. Il se peut, parfois, que le Gourou soit une Incarnation ou un Instructeur mondial, mais il suffit qu'il re­présente pour le disciple la sagesse divine, qu'il lui transmette quelque aperçu de l'idéal divin ou lui fasse sentir la relation vécue de l'âme humaine et de l'Éternel.

Le sâdhak du yoga intégral utilisera toutes ces aides suivant sa nature ; mais il est nécessaire qu'il évite leurs limitations et qu'il rejette la tendance exclusive du mental égoïste qui proclame "Mon Dieu, mon Incarnation, mon Prophète, mon Gourou", en les opposant à toutes les autres réalisations dans un esprit sectaire ou fanatique. Tout sectarisme, tout fanatisme, doivent être repoussés, car ils sont incompatibles avec l'intégralité de la réalisation divine.

Au contraire, le sâdhak du yoga intégral ne sera pas satisfait tant qu'il n'aura pas inclus tous les autres noms et toutes les autres formes de la Divinité dans sa propre conception, tant qu'il n'aura pas vu son propre Ishta Dévatâ dans tous les autres, pas unifié tous les Avatârs dans l'unité de Celui qui descend en l'Avatâr, et fondu la vérité de tous les enseignements dans l'harmonie de la Sagesse éternelle

Il ne doit pas oublier, non plus, que le but de ces aides extérieures est d'éveiller son âme au Divin qui est en lui-même. Rien n'est fait finalement tant que cela n'est pas fait. Il ne suffit pas d'adorer Krishna, le Christ ou le Bouddha au-dehors, si le Bouddha, le Christ ou Krishna ne se révèlent pas et ne se forment pas en nous-mêmes. Et toutes les autres aides, de même, n'ont pas d'autre but; chacune est un pont entre l'état d'homme non converti et la révélation du Divin qui est en lui.



L'Instructeur du yoga intégral suivra autant qu'il le pourra la méthode de l'Instructeur intérieur. Il conduira le disciple par la nature même du disciple. L'enseignement, l'exemple, l'in­fluence, tels sont les trois instruments du Gourou. Mais le sage Instructeur n'essayera pas de s'imposer ou d'imposer ses opinions à l'acceptation passive d'un mental réceptif ; il y sèmera seulement ce qui est sûr et productif, telle une semence qui fructifiera par les soins divins au-dedans. Il cherchera à éveiller plus qu'à instruire; il visera à développer les facultés et les expériences par un procédé naturel et par une libre expansion. Il donnera une méthode comme une aide, un moyen dont on peut se servir, non comme une formule impérative ou une routine invariable. Et il prendra garde à tout ce qui pourrait changer les moyens en limites ou mécaniser la pratique. Son seul rôle est d'éveiller la lumière divine et de mettre en mouvement la force divine, dont il n'est lui-même qu'un moyen et une aide, un corps ou un canal.

L'exemple est plus puissant que l'enseignement ; mais ce n'est pas l'exemple de l'acte extérieur ni du caractère personnel qui ont le plus d'importance. Ceux-ci ont leur place et leur utilité, mais ce qui stimulera le plus l'aspiration chez les autres, c'est le fait central de la réalisation divine en l'Instructeur, qui gouverne sa vie entière, son état intérieur et toutes ses activités. C'est l'élément essentiel et universel ; le reste appartient à la personne et aux circonstances individuelles. C'est cette réalisation dyna­mique que le sâdhak doit sentir et reproduire en lui-même suivant sa nature propre; il n'a pas besoin de s'efforcer à une imitation du dehors qui risquerait d'être plus stérilisante que productrice de fruits véritables et naturels.

L'influence est plus importante que l'exemple. L'influence n'est pas l'autorité extérieure de l'Instructeur sur son disciple, mais le pouvoir de son contact, de sa présence, de la proximité de son âme pour l'âme d'autrui en laquelle il infuse, même dans le silence, ce que lui-même est et possède. C'est le signe suprême du Maître. Car le Maître le plus grand est bien moins un Instructeur qu'une Présence qui répand la conscience divine et la lumière, le pouvoir, la pureté et la béatitude dont elle est faite sur tous ceux autour de lui qui sont réceptifs.

Et l'un des signes aussi de l'Instructeur du yoga intégral, est qu'il ne s'arrogera pas le titre de Gourou dans un esprit d'hu­maine vanité et de glorification. Son travail, s'il en a un, lui est confié d'en haut, lui-même n'étant qu'un canal, un réceptacle, un représentant. C'est un homme aidant ses frères, un enfant conduisant des enfants, une Lumière allumant d'autres lumières, une Âme éveillée qui éveille d'autres âmes, et, tout au plus, un Pouvoir ou une Présence du Divin appelant à lui d'autres pouvoirs du Divin.



Le sâdhak qui est en possession de toutes ces aides est sûr de son but. Même une chute sera seulement pour lui un moyen d'ascension, et la mort, un passage vers l'accomplissement. Car une fois sur le chemin, la naissance et la mort deviennent seulement des processus du développement de son être et des étapes de son voyage.

Enfin, le temps, dernière aide nécessaire à l'efficacité du processus. Le temps se présente à l'effort humain comme un ennemi ou un ami, comme une résistance, un intermédiaire ou un instrument. Mais toujours, il est vraiment l'auxiliaire de l'âme.

Le temps est le champ où les circonstances et les forces se rencontrent et forment une résultante de progrès dont il mesure le cours. Pour l'ego, c'est un tyran ou une résistance; pour le Divin, c'est un outil. Ainsi, tant que notre effort est personnel, le temps nous apparaît comme une résistance car il représente pour nous toute l'obstruction des forces qui s'opposent à la nôtre. Quand le travail du Divin et le travail personnel sont combinés dans notre conscience, il apparaît comme un intermédiaire et une condition. Quand les deux sont un, il apparaît comme un serviteur et un instrument.

L'attitude idéale du sâdhak vis-à-vis du temps est d'avoir une patience sans fin, comme s'il avait toute l'éternité devant lui pour atteindre son but, et pourtant de mettre en oeuvre l'énergie qui réalise tout de suite avec une maîtrise toujours plus grande et une pression de plus en plus rapide, jusqu'à ce que cette pression arrive à la miraculeuse instantanéité de la Transforma­tion divine suprême.



(1)La triple voie de la Connaissance, de la Dévotion et des Œuvres.
(Note de Sri Aurobindo)

LES QUATRE POUVOIRS DE LA MÈRE

Les quatre Pouvoirs de la Mère sont quatre parmi ses prédominantes Personnalités, parties et personnifications de sa divinité, à travers lesquelles elle agit sur ses créatures, met en ordre et harmonise ses créations dans les mondes et dirige la manifestation de ses milliers de forces. Car la Mère est une, mais elle se présente à nous sous des aspects différents; elle a beaucoup de pouvoirs et de personnalités, beaucoup d'émanations et de vibhoûtis qui agissent pour elle dans l'univers. Celle que nous adorons comme la Mère est la Conscience-Force divine qui domine toute existence, unique et pourtant si multiple qu'il est impossible de suivre ses mouvements, même pour l'esprit le plus prompt et pour la plus libre et la plus vaste intelligence. La Mère est la conscience et la force du Suprême et elle est bien au-dessus de toutes ses créations. Mais quelque chose de ses voies peut être vu et senti à travers ses personnifications, d'autant plus perceptible que sont plus définis et limités le tempérament et l'action des formes de déesses dans lesquelles elle consent à se manifester à ses créatures.
Il y a trois manières d'être de la Mère que vous pouvez percevoir quand vous vous identifiez avec la Conscience-Force qui nous soutient, nous et l'univers. La Transcendante, la suprême Shakti originelle, qui se tient au-dessus des mondes et sert de trait d'union entre la création et le mystère toujours non manifesté du Suprême. L'Universelle, la Mahâshakti cosmique, qui crée tous les êtres et contient, pénètre, supporte et dirige les millions de procédés et de forces. L'Individuelle, qui personnifie le pouvoir des deux plus vastes aspects de son existence, les rend vivants et proches de nous et s'entremet entre la personnalité humaine et la Nature divine.
L'unique Shakti originelle et transcendante, la Mère, se tient au-dessus de tous les mondes et porte dans sa conscience éternelle le Divin suprême. Elle est seule à abriter le Pouvoir absolu et la Présence ineffable; contenant ou appelant les Vérités qui doivent être manifestées, elle les fait descendre, du mystère où elles étaient cachées, dans la lumière de sa conscience infinie et leur donne une forme dynamique dans son pouvoir omnipotent et dans sa vie sans bornes, et un corps dans l'univers. Le Suprême est manifesté en elle à jamais comme l'éternel Çatchidânanda (Sat-Chit-Ânanda); il se manifeste à travers elle dans les mondes comme la conscience unique et duelle de l'Ishwara-Shakti et le principe duel de Pourousha-Prakriti; il est personnifié par elle dans les mondes et les plans et les dieux et leurs énergies, et façonné grâce à elle comme tout ce qui est dans les mondes connus et dans d'autres inconnus. Tout est son jeu avec le Suprême; tout est sa manifestation des mystères de l'Éternel, des miracles de l'Infini. Tout est elle, car tous sont parcelles et fragments de la Conscience-Force divine. Rien ne peut être ici ou ailleurs que ce qu'elle décide et que le Suprême permet; rien ne peut prendre forme excepté ce que, mue par le Suprême, elle perçoit et façonne après en avoir moulé le germe dans son Ânanda créateur.
La Mahâshakti, la Mère universelle, effectue tout ce que sa conscience transcendante transmet du Suprême et elle entre dans les mondes qu'elle a faits : sa présence les remplit et les soutient avec l'esprit divin, et avec la force et la félicité divines qui sustentent tout, et sans quoi ils ne pourraient pas exister. Ce que nous appelons la Nature, ou Prakriti, n'est que son aspect exécutif le plus extérieur. La Mahâshakti dispose et organise l'harmonie de ses forces et de ses procédés; elle contraint la Nature à ses opérations et se meut parmi elles, cachée ou manifestée en tout ce qui peut être vu, expérimenté ou mis dans le mouvement de la vie. Chacun des mondes n'est rien d'autre qu'un jeu de la Mahâshakti de ce système de mondes ou univers, et qui y réside, comme l'Âme et la Personnalité cosmiques de la Mère transcendante. Chacun est une chose qu'elle a vue dans sa vision, accueillie dans son cœur de beauté et de pouvoir et créée dans son Ânanda.
Mais il y a beaucoup de plans de sa création, beaucoup de pas de la Shakti divine. Au sommet de cette manifestation dont nous faisons partie, il y a les mondes d'existence, de conscience, de force et de félicité infinies, au-dessus desquels la Mère se tient comme le Pouvoir éternel dévoilé. Là, tous les êtres vivent et se meuvent dans une plénitude ineffable et une unité invariable, parce qu'elle les porte en sécurité dans ses bras, à jamais. Plus proches de nous sont les mondes d'une parfaite création supramentale dans lesquels la Mère est la Mahâshakti supramentale, un Pouvoir d'omnisciente Volonté et d'omnipotente Connaissance divines, toujours apparent dans ses œuvres infaillibles et spontanément parfaites dans chaque opération. Là, tous les mouvements sont des pas de la Vérité, tous les êtres sont des âmes, des pouvoirs et des corps de la Lumière divine, toutes les expériences, des mers, des flots et des vagues d'un Ananda absolu et intense. Mais les mondes où nous demeurons sont ceux de l'Ignorance, les mondes du mental, de la vie et du corps, séparés de leur source dans leur conscience, et dont la terre est un centre significatif et son évolution un mouvement décisif. Tout ceci aussi, avec son obscurité, ses luttes et ses imperfections, est supporté par la Mère universelle; ceci aussi est mû et conduit vers son but caché par la Mahâshakti.
La Mère, en tant que Mahâshakti de ce triple monde de l'Ignorance, se tient dans un plan intermédiaire entre la Lumière supramentale, la vie de Vérité, la création de Vérité, qui doit être amenée ici-bas et cette hiérarchie montante et descendante des plans de conscience qui, comme une échelle double, s'enfonce dans l'ignorance de la Matière et escalade à nouveau l'infinité de l'Esprit à travers l'épanouissement de la vie, de l'âme et de l'intellect. Déterminant tout ce qui sera en cet univers et dans l'évolution terrestre par ce qu'elle voit et sent et déverse d'elle-même, elle se tient là, au-dessus des dieux, et toutes ses Personnalités et tous ses Pouvoirs sont émis et placés devant elle pour l'action; elle projette leurs émanations dans ces mondes inférieurs pour intervenir, gouverner, combattre et conquérir, pour guider et accomplir leurs cycles, pour diriger les lignes d'action totales et individuelles de leurs forces. Ces émanations sont les nombreuses formes et personnalités divines dans lesquelles les hommes l'ont adorée sous des noms différents à travers les âges. Mais elle prépare aussi et forme par l'intermédiaire de ces Pouvoirs et de leurs émanations, l'esprit et le corps de ses vibhoûtis, de même qu'elle prépare et forme des esprits et des corps pour les vibhoûtis de l’Ishwara, afin qu'elle puisse manifester, dans le monde physique et sous le masque de la conscience humaine, quelque rayon de son pouvoir, de sa qualité et de sa présence. Toutes les scènes du jeu terrestre ont été, comme dans un drame, organisées, conçues et jouées par elle avec les dieux cosmiques comme auxiliaires et elle-même comme un acteur voilé.
Non seulement la Mère gouverne tout d'en haut, mais elle descend dans ce triple univers inférieur. D'une manière impersonnelle toutes choses ici-bas, même les mouvements de l'Ignorance, sont elle-même en un pouvoir voilé, sont ses créations dans une substance amoindrie, sont le corps et la force de sa Nature; et elles existent parce que, mue par le fiat mystérieux du Suprême afin d'exécuter quelque chose qui était là-haut parmi les possibilités de l'Infini, elle a consenti au grand sacrifice et a revêtu, comme un masque, l'âme et les formes de l'Ignorance. Mais d'une manière personnelle aussi, elle a daigné descendre ici-bas dans l'Obscurité afin de pouvoir la conduire à la Lumière, dans le Mensonge et l'Erreur afin de les convertir à la Vérité, dans cette Mort afin de la changer en une Vie divinisée, dans la douleur du monde, sa souffrance et son chagrin obstinés pour y mettre fin par l'extase transformante de son sublime Ananda. Dans son profond et grand amour pour ses enfants, elle a consenti à revêtir le manteau de cette obscurité, condescendu à subir les attaques et les influences torturantes des pouvoirs de Ténèbres et de Mensonge, supporté de traverser le portail de cette naissance qui est une mort, pris sur elle les angoisses, les chagrins et les souffrances de la créature, car il semblait qu'ainsi seulement la création pouvait être élevée jusqu'à la Lumière, la joie et la Vérité, jusqu'à la Vie éternelle. C'est le grand sacrifice du Pourousha, mais bien plus profondément l'holocauste de Prakriti, le sacrifice de la Mère divine.
Quatre grands Aspects de la Mère, quatre de ses principaux Pouvoirs et Personnalités ont été mis en avant dans sa conduite de cet univers et dans ses relations avec le jeu terrestre. L'un est la personnalité de calme ampleur, de sagesse compréhensive, de bénignité tranquille, de compassion inépuisable, de majesté souveraine et supérieure, et de grandeur qui gouverne tout. Un autre personnifie son pouvoir de splendide énergie et d'irrésistible passion, sa disposition guerrière, sa volonté écrasante, sa promptitude impétueuse et sa force qui secoue le monde. Le troisième est ardent, doux et merveilleux dans le profond secret de sa beauté, de son harmonie et de son rythme délicat, dans son opulence complexe et subtile, son attrait irrésistible et sa grâce captivante. Le quatrième est pourvu de sa secrète et pénétrante capacité de connaissance intime, de travail soigneux et sans défaut et de perfection tranquille et précise en toutes choses. Sagesse, Énergie, Harmonie, Perfection sont leurs divers attributs, et ce sont ces pouvoirs qu'ils apportent avec eux dans le monde, qu'ils manifestent sous un déguisement humain dans leurs vibhoûtis, et qu'ils établiront suivant la mesure divine de leur ascension en ceux qui peuvent ouvrir leur nature terrestre à l'influence directe et vivante de la Mère. À ces quatre, nous donnons les quatre grands noms de Maheshwari, Mahâkâlî, Mahâlakshmî, Mahâsaraswati.
Impériale, Maheshwarî se tient dans la vaste étendue, au-dessus de l'esprit pensant et de la volonté; elle les exalte et les magnifie jusqu'à la sagesse et la grandeur, ou elle les inonde d'une splendeur qui les dépasse. Car elle est la Puissante et Sage qui nous ouvre aux infinités supramentales, à l'immensité cosmique, à la magnificence de la Lumière suprême, au trésor de connaissance miraculeuse et au mouvement illimité des forces éternelles de la Mère. Elle est tranquille et merveilleuse, grande et calme à tout jamais. Rien ne peut l'émouvoir, car en elle est toute la sagesse; et rien ne lui est caché qu'elle choisit de savoir; elle comprend toutes choses et tous les êtres, leur nature et ce qui les meut, la loi du monde, ses époques et comment tout était, est et doit être. En elle est une vigueur qui affronte et dompte toutes choses et rien ne peut prévaloir à la fin contre sa sagesse vaste et intangible et son pouvoir tranquille et supérieur. Égale, patiente et inaltérable dans sa volonté, elle agit avec les hommes suivant leur nature, avec les choses et les événements suivant leur Force et la vérité qui est en eux. De partialité elle n'en a aucune, mais elle suit les décrets du Suprême; elle élève certains, et d'autres elle les abaisse ou les rejette loin d'elle dans l'obscurité. Au sage elle donne une sagesse plus grande et plus lumineuse; à celui qui a la vision, elle donne place à ses conseils; à l'hostile elle impose les conséquences de son hostilité, et elle conduit l'ignorant et le sot selon leur aveuglement. Dans chaque homme elle répond aux différents éléments de sa nature et les traite suivant leur besoin, leur impulsion et la réponse qu'ils appellent, place sur eux la pression voulue ou les laisse à leur liberté chérie pour prospérer dans les voies de l'Ignorance ou pour périr. Car elle est au-dessus de tout, n'est liée par rien, attachée à rien dans l'univers. Pourtant elle a plus que toute autre le cœur de la Mère universelle, car sa compassion est sans fin et inépuisable. À ses yeux tous sont ses enfants et des parcelles de l'Unique, même l'asoura, le râkshasa, le pishâtcha et ceux qui sont révoltés et hostiles. Ses rejets sont simplement un ajournement, ses punitions une grâce. Mais sa compassion n'aveugle pas sa sagesse ni ne détourne son action de la ligne décrétée; car la Vérité des choses est son seul intérêt, la connaissance est le centre de son pouvoir, et de construire notre âme et notre nature avec la Vérité divine est sa mission et son travail.
Mahâkâlî est d'une autre nature. Non l'étendue mais la hauteur, non la sagesse mais la force et l'énergie sont ses pouvoirs particuliers. Il y a en elle une intensité écrasante, une puissante passion de force d'accomplissement, une divine violence s'élançant pour briser toute limite et tout obstacle. Sa divinité entière bondit dans une splendeur d'action tempétueuse; elle est pour la promptitude, l'opération immédiatement efficace, le coup rapide et direct, l'assaut de front qui balaye tout devant lui. Terrible est son visage pour l'asoura, dangereuse et impitoyable sa disposition envers ceux qui haïssent le Divin, car elle est la Guerrière des Mondes qui ne recule jamais devant la bataille. Ne tolérant pas l'imperfection, elle traite rudement dans l'homme toute mauvaise volonté et elle est sévère pour ce qui est obstinément ignorant et obscur; son courroux est immédiat et terrifiant contre la traîtrise, le mensonge et la méchanceté; le mauvais vouloir est à l'instant frappé par son châtiment. Elle ne peut tolérer dans le travail divin l'indifférence, la négligence et la paresse et elle fustige aussitôt, pour réveiller par la douleur, si besoin est, le dormeur intempestif ou le traînard. Les impulsions rapides, droites et franches, les mouvements sans réserve et absolus, l'aspiration qui monte comme une flamme sont la marche de Mahâkâlî. Son esprit est indomptable, sa vision et sa volonté atteignent haut et loin comme le vol de l'aigle, ses pieds sont rapides sur la voie ascendante et ses mains se tendent pour frapper et secourir. Car elle aussi est la Mère; son amour est aussi intense que son courroux et sa bonté est profonde et passionnée. Lorsqu'il lui est permis d'intervenir avec toute son énergie, elle brise en un instant, comme des choses sans consistance, les obstacles qui immobilisent l'aspirant ou les ennemis qui l'assaillent. Si sa colère est redoutable pour l'hostile et la véhémence de sa passion pénible pour le faible et le craintif, elle est aimée et adorée par le grand, le puissant et le noble; car ils sentent que ses coups martèlent et transforment en énergie et en parfaite vérité ce qui est rebelle dans leur matière, redressent ce qui est faussé et pervers et expulsent ce qui est impur ou défectueux. Sans elle, ce qui est fait en un jour eût pu prendre des siècles; sans elle, l'Ananda pourrait être vaste et grave ou bien doux, tendre et beau, mais il perdrait la joie enflammée de ses intensités les plus absolues. À la connaissance, elle donne une puissance conquérante; elle apporte à la beauté et à l'harmonie un mouvement élevé et ascendant, et confère au lent et difficile labeur vers la perfection une impulsion qui multiplie le pouvoir et raccourcit le long chemin. Rien ne peut la satisfaire qui n'atteigne les extases suprêmes, les hauteurs les plus sublimes, les buts les plus nobles, les perspectives les plus vastes. Donc, avec elle est la force victorieuse du Divin et c'est par la grâce de son feu, de sa passion et de sa rapidité que le grand accomplissement peut prendre place maintenant au lieu de plus tard.
La Sagesse et la Force ne sont pas les seules manifestations de la Mère suprême; il y a dans sa nature un mystère plus subtil, sans lequel la Sagesse et la Force seraient incomplètes et la Perfection ne serait pas parfaite. Au-dessus d'elles est le miracle de l'éternelle Beauté, secret insaisissable des harmonies divines, la magie imposante d'un charme irrésistible et universel, d'une attraction qui attire et lie les choses, les forces et les êtres, et les oblige à se rencontrer et à s'unir afin qu'un Ananda caché puisse jouer de derrière le voile et faire d'eux ses rythmes et ses formes. Tel est le pouvoir de Mahâlakshmî et aucun aspect de la divine Shakti n'est plus attrayant pour le cœur des êtres incarnés. Maheshwarî peut paraître trop calme, trop grande et trop distante à approcher ou à contenir pour la petitesse de la nature terrestre, Mahâkâlî trop rapide et redoutable à supporter pour sa faiblesse; mais tous se tournent avec joie et ardeur vers Mahâlakshmî. Elle jette le sortilège de la douceur enivrante du Divin; être proche d'elle est un bonheur profond et la sentir dans son coeur fait de l'existence une extase et une merveille; la grâce, le charme et la tendresse émanent d'elle comme la lumière du soleil, et partout où elle fixe son regard merveilleux ou laisse tomber la beauté de son sourire, l'âme est saisie, captivée et plongée dans les profondeurs d'une félicité insondable. Magnétique est l'attouchement de ses mains; leur influence occulte et délicate purifie l'esprit, la vie et le corps, et là où elle presse ses pieds coulent les flots miraculeux d'un Ananda qui ravit.
Et pourtant il n'est pas facile de faire face aux exigences de ce Pouvoir enchanteur ou de conserver sa présence. L'harmonie et la beauté des pensées et des sentiments, l'harmonie et la beauté dans chaque mouvement extérieur, l'harmonie et la beauté de la vie et de l'entourage, voilà ce qu'exige Mahâlakshmî. Là où il y a une affinité avec les rythmes de la félicité secrète du monde, une réponse à l'appel de la Toute-Beauté, l'harmonie, l'unité et le flot joyeux de beaucoup de vies tournées vers le Divin, dans cette atmosphère elle consent à demeurer. Mais tout ce qui est laid, mesquin et vulgaire, tout ce qui est pauvre, sordide et misérable, tout ce qui est brutal et grossier empêche sa venue. Elle ne vient pas là où l'amour et la beauté ne sont pas nés ou ne naissent qu'à regret; là où ils sont mélangés à des choses plus basses, qui les défigurent, elle se détourne bientôt pour se retirer, ou ne se soucie point de donner ses richesses. Si, dans les cœurs des hommes, elle se trouve entourée d'égoïsme, de haine, de jalousie, de malveillance, d'envie et de conflit, si, la traîtrise, l'avidité et l'ingratitude sont mêlées au contenu du calice sacré, si la grossièreté de la passion et le désir impur dégradent la dévotion, dans de tels cœurs la déesse gracieuse et magnifique ne s'attarde pas. Un dégoût divin la saisit et elle se retire, car elle n'est pas de ceux qui insistent ou font effort; ou bien, voilant sa face, elle attend que le rejet et la disparition de cet amer poison diabolique lui permettent d'établir à nouveau son heureuse influence. Le dénuement et la sévérité ascétique ne lui sont pas agréables, non plus que la suppression des émotions les plus profondes du cœur et que la répression rigide des éléments de beauté de l'âme et de la vie. Car c'est par l'amour et la beauté qu'elle place sur les hommes le joug du Divin. Dans ses créations suprêmes, la vie est changée en une riche œuvre d'art céleste et toute existence en un poème de délice sacré; les richesses du monde sont assemblées et accordées pour un ordre suprême et même les choses les plus simples et les plus ordinaires deviennent merveilleuses par son intuition de l'unité et le souffle de son esprit. Admise dans le cœur, elle élève la sagesse au faîte de l'émerveillement, elle lui révèle les secrets mystiques de l'extase qui surpasse toute connaissance, elle répond à la dévotion par l'ardent attrait du Divin, enseigne à l'énergie et à la force le rythme qui garde harmonieuse et mesurée la puissance de leurs actes et elle projette sur la perfection le charme qui le fait durer à jamais.
Mahâsaraswatî est la Puissance de travail de la Mère et son esprit de perfection et d'ordre. La plus jeune des Quatre, elle est la plus experte en capacité d'exécution et la plus proche de la Nature physique. Maheshwarî trace les grandes lignes des forces mondiales, Mahâkâlî actionne leur énergie et leur impulsion, Mahâlakshmî révèle leurs rythmes et leurs mesures, mais Mahâsaraswatî préside au détail de leur organisation et de leur exécution, à la relation des parties entre elles, la combinaison efficace des forces et l'exactitude infaillible dans le résultat et l'accomplissement. La science, l'art et la technique sont du ressort de Mahâsaraswatî. Elle contient dans sa nature et peut toujours donner à ceux qu'elle a choisis la connaissance intime et précise, la subtilité, la patience, l'exactitude de l'esprit intuitif et de la main consciente, et le regard pénétrant du travailleur parfait. Cette Puissance est la constructrice vigoureuse, infatigable, soigneuse et efficace, l'organisatrice, l'administratrice, la technicienne, l'artisane et la classificatrice des mondes. Quand elle entreprend la transformation et la reconstruction de la nature, son action est laborieuse et minutieuse, et bien sou¬vent à notre impatience, elle semble lente et interminable; mais elle est persistante, intégrale et sans défaut. Car sa volonté dans le travail est scrupuleuse, vigilante et infatigable; se penchant vers nous elle voit et touche chaque détail, découvre chaque infime défaut, lacune, perversion ou imperfection et considère et pèse exactement tout ce qui a été fait et tout ce qui reste encore à faire. Rien n'est trop petit ni trop trivial en apparence pour son attention; rien ne peut lui échapper, si impalpable, si déguisé ou caché que ce soit. Façonnant et refaçonnant, elle élabore chaque élément jusqu'à ce qu'il soit parvenu à sa forme vraie, mis à sa place propre dans l'ensemble et qu'il accomplisse son but précis. Dans sa constante et diligente organisation et réorganisation des choses, son regard est à la fois sur tous les besoins et sur la manière d'y faire face, son intuition sait ce qui doit être choisi et ce qui doit être rejeté, et détermine avec succès l'instrument propre, le temps propre, les conditions propres et l'opération propre. Elle abhorre l'indifférence, la négligence et la paresse, tout travail bâclé, inconsidéré et équivoque, toute maladresse, tout à-peu-près et tout raté, toute adaptation fausse, tout mauvais emploi des instruments et des facultés; et de laisser un travail non exécuté ou à demi exécuté est pénible et étranger à sa nature. Quand son travail est achevé, rien n'a été oublié, mal placé, omis ou laissé dans un état défectueux; tout est solide, précis, complet, admirable. Rien de moins qu'une parfaite perfection ne peut la satisfaire et elle est prête à affronter une éternité de labeur si cela est nécessaire à la plénitude de sa création. C'est pourquoi, de tous les Pouvoirs de la Mère, elle est la plus endurante avec l'homme et ses milliers d'imperfections. Douce, souriante, proche et secourable, ne se détournant et ne se décourageant pas aisément, persistant même après l'insuccès répété, sa main soutient chacun de nos pas à condition que nous soyons droits, sincères et que nous n'ayons qu'une volonté; car elle ne tolère aucune duplicité et son ironie révélatrice est impitoyable au drame, au cabotinage, à l'illusion et à la prétention. Une mère pour nos besoins, une amie dans nos difficultés, un conseiller et un mentor constant et tranquille, dissipant par son éclatant sourire les nuages de tristesse, de mauvaise humeur et de dépression, remémorant sans cesse l'aide toujours présente, montrant du doigt l'éternelle clarté du soleil, elle reste ferme, calme et persévérante dans l'élan profond et continu qui nous pousse vers l'intégralité de la nature supérieure. Tout le travail des autres Pouvoirs dépend d'elle pour sa perfection, car elle assure la base matérielle, élabore les détails, érige et rivette l'armature de la construction.
Il y a d'autres grandes Personnalités de la Mère divine, mais elles étaient plus difficiles à faire descendre et elles ne se sont pas mises en avant d'une manière aussi prononcée dans l'évolution de l'esprit terrestre. Parmi elles sont des Présences indispensables à la réalisation supramentale; la plus indispensable de toutes est la Personnalité de cette extase, cette béatitude mystérieuse et puissante qui s'écoule du suprême Amour divin, la Personnalité de l'Ananda qui seul peut remédier au gouffre entre les hauteurs les plus sublimes de l'Esprit supramental et les abîmes les plus profonds de la Matière, de l'Ananda qui tient la clef de la Vie merveilleuse la plus divine et qui, même maintenant, soutient depuis ses demeures cachées l'œuvre de tous les autres Pouvoirs de l'univers. Mais la nature humaine limitée, égoïste et obscure est inapte à recevoir ces grandes Présences ou à supporter leur action puissante. C'est seulement quand les Quatre ont établi leur harmonie et leur liberté de mouvement dans l'esprit, la vie et le corps transformés, que ces autres Pouvoirs plus rares peuvent se manifester dans le mouvement terrestre et que l'action supramentale devient possible. Car, lorsque toutes ses Personnalités sont rassemblées en elle et manifestées, que leur action indépendante s'est changée en une unité harmonieuse et qu'elles s'élèvent jusqu'à leurs divinités supramentales, alors la Mère est révélée comme la Mahâshakti supramentale et apporte ici-bas de leur ineffable éther ses transcendances lumineuses. La nature humaine peut être changée en une nature divine dynamique parce que toutes les lignes élémentaires de la conscience et de la force de Vérité supramentales sont accordées et que la harpe de la vie est prête pour les rythmes de l'Éternel.
Si vous désirez cette transformation, placez-vous sans hésitation ni résistance dans les mains de la Mère et de ses Pouvoirs et laissez-la, travailler sans entrave en vous. Vous devez avoir trois choses : la conscience, la plasticité, la soumission sans réserve. Vous devez être conscient dans le mental, l'âme, le coeur, la vie et même dans les cellules de votre corps, conscient de la Mère, de ses Pouvoirs et de leur action, car, bien qu'elle puisse travailler et travaille en vous, même dans votre obscurité et dans vos éléments inconscients et vos moments d'inconscience ce n'est pas la même chose que lorsque vous êtes dans une communion vivante et éveillée avec elle. Toute votre nature doit être plastique à son toucher, sans questionner comme le fait le mental ignorant et suffisant, qui interroge, doute, discute et qui est l'ennemi de sa propre illumination et transformation; sans insister sur ses propres mouvements comme le vital dans l'homme insiste en opposant avec persistance ses désirs récalcitrants et sa mauvaise volonté à toute influence divine; sans élever des obstacles ni se retrancher derrière l'incapacité, l'inertie et le tamas, comme le fait la conscience physique de l'homme qui s'attache à ses plaisirs dans la bassesse et l'ombre, se récrie contre tout contact qui trouble sa routine sans âme, sa paresse stupide ou sa somnolence apathique. La soumission sans réserve de votre être intérieur et extérieur produira cette plasticité dans tous les éléments de votre nature; la conscience, s'éveillera partout en vous par une ouverture constante à la Sagesse, la Lumière, la Force, à l'Harmonie et la Beauté, à la Perfection qui se déversent d'en haut. Le corps lui-même s'éveillera, unira enfin sa conscience, qui aura cessé d'être subliminale, à la Force supraconsciente supramentale, sentira toutes les Puissances de la Mère l'imprégner d'en haut, d'en bas et d'alentour et tressaillira à l'Amour et à l'Ananda suprêmes.
Mais tenez-vous sur vos gardes et n'essayez pas de comprendre et de juger la Mère divine avec votre petit mental terrestre qui aime à soumettre même les choses qui le dépassent à ses normes et à ses mesures, à ses raisonnements étroits et à ses impressions sujettes à erreur, à son ignorance agressive et creuse et à sa connaissance pleine de mesquinerie et de suffisance. L'esprit humain, enfermé dans la prison de sa demi-obscurité, ne peut suivre la liberté multilatérale des pas de la divine Shakti dont la rapidité et la complexité de vision et d'action dépassent la compréhension humaine hésitante. Les mesures du mouvement de la Mère ne sont pas les mesures de l'homme. Déconcerté par le changement rapide de ses nombreuses et différentes Personnalités, par sa création et sa destruction des rythmes, par ses accélérations et ses diminutions de rapidité, par ses diverses manières d'agir avec le problème de l'un et de l'autre, par son adoption ou son rejet tantôt d'une ligne d'action et tantôt d'une autre, ou par leur réunion simultanée, l'homme ne reconnaît pas la manière d'agir de la Puissance suprême quand elle s'élève en cercles à travers le labyrinthe de l'Ignorance vers la Lumière d'en haut. Ouvrez-lui plutôt votre âme, et soyez satisfait de la sentir par la nature psychique, de la voir par la vision psychique qui, seules, répondent avec droiture à la Vérité. Alors la Mère elle-même illuminera à travers leurs éléments psychiques, votre esprit, votre cœur, votre vie et votre conscience physique et leur révélera, à eux aussi, ses voies et sa nature.
Évitez également cette erreur du mental ignorant d'exiger du Pouvoir divin d'agir toujours suivant vos notions grossières et superficielles d'omniscience et d'omnipotence. Car votre mental exige d'être impressionné à tout propos par le pouvoir miraculeux, le succès aisé et la splendeur aveuglante; autrement il ne peut pas croire que le Divin est ici. La Mère fait face à l'Ignorance dans le domaine de l'Ignorance; elle est descendue ici-bas et n'est pas toute là-haut. Partiellement elle voile et partiellement elle dévoile sa connaissance et son pouvoir; bien souvent, elle les retire de ses instruments et personnalités et elle suit, afin de les transformer, la voie du mental qui cherche, du psychique qui aspire, du vital qui combat, de la nature physique emprisonnée et douloureuse. Il y a des conditions qui ont été posées par une suprême Volonté; il y a de nombreux nœuds emmêlés qui doivent être défaits et ne peuvent être tranchés brusquement. L'asoura et le râkshasa contrôlent cette nature terrestre en évolution et il faut leur faire face et les conquérir selon leurs propres conditions et dans leur propre fief et domaine, celui qu'ils ont conquis depuis longtemps. L'humain en nous doit être conduit et préparé à surpasser ses limites; il est trop faible et obscur pour pouvoir être élevé soudain à un état qui le dépasse trop. La Conscience et la Force divines sont là et font à chaque instant ce qui est nécessaire suivant les conditions du travail; elles prennent toujours la décision telle qu'elle est décrétée et façonnent au milieu de l'imperfection, la perfection qui doit venir. Mais c'est seulement quand le Supramental est descendu en vous que la Mère peut agir directement en tant que Shakti supramentale sur des natures supramentales. N'écoutez pas votre mental, il ne reconnaîtra pas la Mère même si elle est manifestée devant vous. Suivez votre âme et non pas votre mental, votre âme qui répond à la Vérité, non votre mental qui saute sur les apparences; confiez-vous à la Puissance divine et elle libérera en vous les éléments divins et façonnera, tout en une expression de la Nature divine.
Le changement supramental est décidé et inévitable dans l'évolution de la conscience terrestre; car cette conscience n'a pas terminé son ascension, et le mental n'est pas son sommet final. Mais pour que le changement arrive, prenne forme et dure, il faut qu'il y ait l'appel d'en bas avec une volonté de reconnaître et non de repousser la Lumière quand elle vient, et d'en haut la sanction du Suprême. La puissance qui s'entremet entre la sanction et l'appel est la présence et le pouvoir de la Mère divine. Seule la puissance de la Mère, et non aucun effort ou tapasyâ humains, peut briser le couvercle, déchirer le voile, façonner le vaisseau, et amener dans ce monde d'obscurité, de mensonge, de mort et de souffrance, la Vérité, la Lumière, la Vie divine et l'Ananda des immortels.

 Sri Aurobindo, La Mère

SUPRAMENTAL ET AUTRES VOIES






"Bien que Christ et Krishna soient pareils, ils sont pareils dans la différence."

"Chaque personnalité du Divin créé pour ainsi dire son propre monde, mais sans conflit avec les autres."

"En fait il n' y a aucune forme spéciale ou exclusive de yoga supramental, toutes les voies peuvent conduire au Supramental, tout comme toutes les voient peuvent conduire au divin."

Sri Aurobindo

A PROPOS DES PROPHÉTIES


Eclairage de la Mère à une interrogation d'un disciple sur un commentaire de Sri Aurobindo.
Extrait de "Prières" et "Entretiens" de la Mère:

Sri Aurobindo:"Beaucoup de gens vous conteront des merveilles sur la façon dont le monde fut construit et sur ce qu'il deviendra dans l'avenir; il vous diront où et comment vous êtes nés et ce que vous serez plus tard, les vies que vous avez vécues et celles qu'il vous reste à vivre; tout cela n'a rien à voir avec la vie spirituelle."

Disciple:"Est-ce que disent ces gens est pur charlatanisme? Y a-t-il un moyen autre que spirituel de connaître ces choses?

Mère:C'est souvent de la blague, mais même quand c'est juste, cela n'a rien de spirituel. Nombre de médiums, de voyants ou de gens doués d'une faculté spéciale vous racontent ces choses. Cette faculté n'est pas plus spirituelle que la capacité de construire un pont ou de préparer un bon plat ou de résoudre un problème mathématique. Il y a des capacités intellectuelles et des capacités occultes-c'est tout.

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