Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo SRI AUROBINDO - YOGA INTEGRAL: juin 2014

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

LA FRATERNITE





Les trois idéaux — ou buts ultimes — de la civilisation moderne, propagés lors de la Révolution française, se ramènent à trois principes que nous connaissons comme la liberté, l'égalité et l'amitié. Mais ce qu'on entend par fraternité en Occident, ce n'est pas l'amitié. L'amitié est une attitude mentale ; celui qui veut le bien de tous ne fait de tort à personne, cet être de charité, sans violence, qui fait le bien de tous, c'est lui qu'on appelle « ami », amitié c'est son état d'âme. Cet état d'âme est la propriété d'une mentalité individuelle, qui oriente la vie et l'action d'un individu ; mais ce ne peut être le nœud principal d'une discipline politique ou sociale. Les trois principes de la Révolution française ne sont pas les règles morales de la vie individuelle, ce ne sont que les trois tendances capables de refaçonner les conditions d'une société, d'un pays, les principes essentiels de la nature s'exprimant à travers les conditions extérieures d'une société.
Les révolutionnaires français étaient avant tout désireux de parvenir à une liberté et une égalité politiques et sociales ; ils n'avaient pas les yeux tellement fixés sur la fraternité ; c'est le manque de fraternité qui explique les lacunes de la Révolution française. Cette insurrection avait permis à la liberté politique et sociale de s'établir en Europe, et l'égalité politique put s'établir aussi, jusqu'à un certain point, dans les formes gouvernementales et juridiques de certains pays. Mais l'égalité sociale est impossible sans la fraternité ; c'est par manque de fraternité que l'Europe ne peut avoir l'égalité sociale. Le plein épanouissement de ces trois principes est possible par l'épanouissement conjugué de chacun d'eux ; l'égalité est nécessaire à la liberté qui ne peut persister sans elle, la fraternité est la base de l'égalité, sans elle l'égalité ne peut s'établir. Le sentiment le solidarité apporte la fraternité. Il n'y a pas de fraternité en Europe : l'égalité et la liberté y sont ternies, instables, incomplètes ; ainsi en Europe, agitation et révolution sont devenues un trait permanent de la vie. Et l'Europe est fière de couvrir cette agitation et cet état révolutionnaire du nom de progrès.
Le peu de fraternité qui existe en Europe s'est établi autour de la patrie : appartenir à la même patrie, connaître des bonheurs et des malheurs communs, sentir la liberté protégée par l'unité, voilà la connaissance qui est à la base de l'unité européenne. Contre elle s'élève une autre connaissance : nous sommes tous des êtres humains, tous les êtres humains sont un, toute différence entre les être humains provient de l'ignorance et est nuisible ; le nationalisme est cause de différences, il provient de l'ignorance, il est nuisible ; nous devons abandonner tout nationalisme afin d'établir l'unité de l'humanité entière. « C'est en France, en particulier, le pays où les grands idéaux de liberté, d'unité, de fraternité, ont pu d'abord être diffusés, dans ce pays riche en idées et en sentiments, que ces deux connaissances contradictoires se trouvent en conflit. Le nationalisme est une vérité, et l'unité humaine est une vérité : c'est l'harmonie de ces vérités qui peut amener le bien de l'humanité ; si notre intelligence nous rend incapables de cette synthèse, si elle met en conflit des principes qui sont au-dessus des conflits, cette intelligence ne peut être que sujette à l'erreur, égarée par rajas.
L'Europe est écœurée par une liberté politique et sociale privée d'égalité et elle s'est tournée vers le socialisme. Il y a en Europe deux partis principaux : anarchiste et socialiste. L'anarchiste dit : « Toute cette liberté politique n'est qu'illusion, un piège monté par le gouvernement pour établir la tyrannie des riches et écraser la liberté individuelle sous prétexte de défendre la liberté politique ; elle est le signe d'une illusion, nous devons nous débarrasser de toute forme de gouvernement afin d'établir la vraie liberté ». Si on demande aux anarchistes : « En l'absence de gouvernement, qui mettra un frein à la tyrannie du fort ? », ils répondent « Que par l'éducation, nous parvenions à la connaissance complète, à la fraternité totale, c'est là qu'est la défense de la liberté et de l'égalité, et si quelqu'un transgresse la fraternité par amour de la tyrannie, n'importe qui aura le droit de lui infliger la punition capitale ». Le socialiste ne nous dit pas cela ; nous devons avoir un gouvernement, nous en avons besoin, mais la société et le gouvernement doivent avoir pour fondement l'égalité absolue ; il faut corriger les défauts actuels du gouvernement et l'humanité sera totalement heureuse et libre, un foyer de fraternité. C'est pourquoi le socialisme veut établir dans la société l'union : si au lieu de propriétés individuelles, il n'y avait que des propriétés de la société (comme les propriétés d'une large famille n'appartiennent pas à un individu, mais à la famille seule, tout en formant le corps dont l'élément individuel n'est qu'un membre), il n'y aurait plus d'inégalité dans la société, elle serait une.
L'erreur de l'anarchiste, c'est de vouloir abolir le gouvernement avant d'établir la fraternité. La fraternité totale ne verra pas jour immédiatement ; entre-temps l'absence de gouvernement aura pour conséquence une totale indiscipline, le soulèvement des parties animales de l'homme. Le chef est le centre de la société ; l'homme pourra dépasser son animalité et trouver un autre fondement de gouvernement lorsque se manifestera la fraternité complète, le Divin lui-même sans aucun intermédiaire choisira la terre comme son royaume et s'installera dans tous les cœurs, le Royaume des Saints des chrétiens ou notre âge d'or sera là. L'humanité n'a pas fait un progrès tel qu'elle puisse mériter tout de suite cette condition, mais une première réalisation est déjà possible.
L'erreur du socialiste, c'est qu'au lieu d'établir l'égalité sur la fraternité, il tâche d'établir la fraternité sur l'égalité. La fraternité sans égalité ne peut exister, mais une égalité sans fraternité ne peut pas survivre ; des dissensions, des querelles, des convoitises déchaînées la détruiraient. D'abord la fraternité totale, puis l'égalité complète.
L'attitude fraternelle est un état d'âme extérieur : si nous vivons avec une attitude fraternelle, si nous possédons les mêmes propriétés, le même bien, le même effort commun, c'est cela la fraternité. L'état d'âme peut se manifester à l'extérieur grâce à l'attitude intérieure. Dans l'amour fraternel, la fraternité se sent vivifiée et vraie. Il faut que cet amour fraternel aussi se manifeste. Nous sommes enfants de la même mère, compatriotes, une telle attitude permet déjà un certain amour fraternel, mais ce lien peut permettre l'unité politique, non l'unité sociale. Il nous faut pénétrer plus profondément : tout comme en dépassant notre amour pour notre propre mère, nous arrivons à adorer la mère qui est notre pays, de même il nous faut transcender la conception de la patrie comme mère pour arriver à la conception de la Mère universelle. Toujours il faut dépasser la puissance limitée pour parvenir à la puissance totale. Mais comme en adorant la Mère Inde, nous n'oublions pas notre mère physique, de même notre adoration de la Mère Universelle qui dépasse la mère Inde ne nous la fera pas négliger. Car elle est Kâlî, elle aussi est Mère.
Seule la religion fournit une base à toute attitude fraternelle. Toutes les religions affirment :
« nous sommes un ; toute inégalité provient de l'ignorance et de la jalousie ». L'amour est le coeur même de tout ensei­gnement religieux. Notre religion, également, enseigne que nous sommes tous un, toute notion d'inégalité est un signe d'ignorance ; celui qui a la connaissance considèrera tout le monde d'un oeil égal, en chaque indi­vidu il verra la même âme, la présence du même Nârâyana. Cette éga­lité d'âme, pleine de dévotion, engendre l'amour universel. Mais cette connaissance, le but suprême de l'humanité, doit nous être omniprésente ; entre-temps, il nous faut la réaliser dans son aspect partiel, en nous, en dehors de nous, dans le cadre de la famille, de la société, du pays, partout. Depuis toujours, l'humanité a voulu établir cette base perma­nente de fraternité, tout en créant la famille, le clan, le pays, la com­munauté (secte), et en les consolidant par les chaînes solides des sâstras, ou de disciplines. Jusqu'à aujourd'hui cet effort a échoué. La fonda­tion est là, le réceptacle est là, mais il nous faut une énergie intarissable pour maintenir intacte la force vivante de la fraternité, afin que la base puisse être pure, le réceptacle éternel ou perpétuellement nouveau. Le Divin ne nous a pas encore révélé cette énergie. S'incarnant sous forme de Râma, Krsna, Caitanya ou Râmarkrsna, il essaie de préparer le coeur humain, plein d'égoïsme et dur, à être le réceptable de l'amour. Quand viendra-t-il, ce jour où il s'incarnera à nouveau et faisant à jamais jail­lir l'extase éternelle de l'amour dans le cœur humain, changera la terre en un paradis ?

Sri Aurobindo, Dharma (Calcutta) 1909-1910

LA PEINTURE INDIENNE





Toutes les nations occidentales et orientales ont fini par admettre que notre Mère Inde était le trésor inépuisable de la connaissance, du dharma (religion), de la littérature et de l'art. Mais autrefois l'Europe considé­rait que malgré notre grande littérature et notre art, la peinture indienne n'était pas tellement fameuse ; au contraire, on la trouvait hideuse, dépourvue de toute beauté. Nous-mêmes, éclairés par la connaissance occidentale et considérant le monde à travers les lunettes européennes, condamnons la peinture et la sculpture indiennes afin de faire preuve de notre intellect raffiné et de notre goût infaillible. Les maisons de nos riches étaient envahies par des « moulages » ou des imitations sans âme, des statuettes grecques ou des peintures anglaises ; les murs des maisons du peuple décorés de peintures à l'huile hideuses. Les Indiens dont le goût et l'habileté artistiques étaient uniques dans le monde, les Indiens dont le goût était spontanément infaillible dans le choix des couleurs et des formes, sont devenus aveuglés, leur intelligence incapable de pénétrer la signification de l'art, leur goût inférieur même au goût des colporteurs et laboureurs de l'Italie. Ainsi Râjâ Ravi Varmâ put s'annon­cer comme le meilleur peintre de l'Inde.

Dernièrement, grâce à l'enthousiasme de quelques experts en art, les Indiens ont commencé à ouvrir leurs yeux et à se réveiller à la réalité, à apprécier leur propre capacité et leur propre richesse. Inspirés par l'exceptionnel génie d'Abanindranath Tagore, un nombre de jeunes peintres sont en train de restaurer la peinture oubliée de l'Inde. Grâce à leur génie, une nouvelle ère s'est ouverte au Bengale. Et, par la suite, on peut espérer que l'Indien tâchera de tout voir non du point de vue des Anglais, mais avec ses propres yeux, abandonnant des imitations de l'Occident, il dépendra de sa propre intelligence limpide et exprimera l'âme éternelle de l'Inde à travers des formes et des couleurs peintes.

Il y a deux raisons derrière l'antipathie des Occidentaux envers la pein­ture indienne. D'après eux les peintres indiens sont incapables d'imiter la nature ; au lieu de dessiner un homme comme un homme, les che­vaux comme des chevaux, les arbres comme des arbres, ils en reprodui­sent des images déformées, ils n'ont pas de perspective, leurs peintures sont plates, anormales. Leur deuxième raison est qu'il y a un manque total de beaux sentiments et de belles formes dans ces peintures. Cette objection commence à se faire rare. Tout en reconnaissant l'extraordinaire paix sur nos anciennes figures du Bouddha, ou l'expression d'une puissance cé­leste dans nos anciennes statues de Durgâ, les Européens restent stu­péfaits, enchantés. Ceux qui sont reconnus en Angleterre comme les meilleurs critiques d'art ont avoué que bien que les peintres indiens ne connaissent pas la perspective des Européens, les règles de la perspective de l'Inde ont été très belles, complètes et logiques. Il est vrai que les peintres et les autres artistes indiens n'imitent pas tout à fait le monde extérieur. Ce n'est pas par incapacité, c'est qu'ils tâchent de dépasser les formes et les paysages extérieurs afin d'exprimer la vérité et l'état d'âme les plus profonds. La forme extérieure n'est qu'un voile, un dégui­sement de cette vérité intime — épris de la beauté de ce déguisement, nous sommes incapables d'apprécier ce qui se dissimule à l'intérieur. Par conséquent les peintres indiens ont expressément modifié la forme exté­rieure afin de la rendre capable d'exprimer la vérité intérieure. On n'a qu'à s'émerveiller de voir la manière exquise dont ils arrivent à expri­mer la vérité innée d'un événement ou d'un état d'âme à travers chaque membre, arrière-fond, posture et vêtement de leur sujet. C'est là la qua­lité principale de la peinture indienne, c'est là son excellence.

L'Occident est préoccupé de la fausse sensibilité extérieure, il adore l'ombre ; l'Orient est à la recherche de la vérité intérieure ; nous ado­rons l'éternel. L'Occident glorifie le corps, et nous l'âme. L'Occident est amoureux des noms et des formes tandis que nous ne sommes jamais satisfaits tant que nous ne trouvons pas l'essence éternelle. Cette diffé­rence se manifeste partout : et dans la religion, et dans la philosophie, et dans la littérature aussi bien que dans la peinture et l'architecture.


Sri Aurobindo, Dharma (Calcutta) 1909-1910

Les rishi védiques



Les rishi védiques étaient des mystiques du type ancien qui partout, en Inde, en Grèce, en Égypte et ailleurs, consi­déraient les vérités et les méthodes cachées qu'ils détenaient comme des choses très sacrées et très secrètes, ne devant pas être dévoilées aux individus inaptes qui les comprendraient mal, les appliqueraient mal, les emploieraient mal et dégraderaient la connaissance. Leurs écrits étaient en conséquence rédigés de manière à n'être intelligibles dans leur sens secret que par l'initié, ninyâ vatchânsi nivatchanâni kavayé*, mots secrets qui ne transmettent leur signification qu'au voyant. Ils étaient dotés d'un sens apparent exotérique et religieux pour le temple, ésotérique, occulte et spirituel pour les initiés. Que le peuple ne puisse pas découvrir la Vraie Vérité, telle était leur intention; ils voulaient qu'il ne connaisse que les vérités extérieures qui étaient à sa portée.


* Rig-véda, IV, 3-16.

Sri Aurobindo, Lettres sur le yoga
 

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