Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo QU'EST-CE QUE LE NIRVANA?

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

QU'EST-CE QUE LE NIRVANA?



Les gens parlent volontiers de l'advaïta comme s'il était identique au monisme du Mâyâvâda, de même qu'ils parlent du Védânta comme si ce n'était que l’advaïta ; tel n'est pas le cas. Il y a plusieurs formes de philosophie hindoue qui prennent pour base la Réalité Une, mais qui admettent aussi la réalité du monde, la réalité du Multiple, la réalité des différences du Multiple aussi bien que celle de l'identité de l'Un (bhedâbheda). Mais le Multi­ple existe dans l'Un et par l'Un, les différences sont des variations dans la manifestation de ce qui fondamentale­ment est toujours le même. Nous voyons cela en fait comme la loi universelle d'existence, où l'unité est toujours la base, avec une multiplicité et une variété sans fin dans l'unité ; tout comme par exemple il y a une seule humanité, mais beaucoup d'espèces d'hommes, une chose que l'on appelle feuille ou fleur, mais beaucoup de formes, de types et de couleurs de feuilles et de fleurs. A travers cela nous pouvons remonter à l'un des secrets fondamentaux de l'existence, le secret que recèle elle-même l'unique réalité... 
  Un advaïta réaliste est possible, tout aussi bien qu'un advaïta illusionniste. Ainsi la philosophie de « La Vie divine » est un  advaïta réaliste. Le monde est une manifes­tation du Réel et par conséquent il est lui-même réel. La réalité est le Divin infini et éternel, la Conscience-Force et la Béatitude infinis et éternels. Ce Divin, par son pouvoir, a créé le monde, ou plutôt l'a manifesté en Son propre être infini. Mais ici dans le monde matériel, ou à sa base, il s'est caché dans ce qui semble être ses contraires : le Non-être, l'Inconscience, l'Insensibilité. C'est ce que nous appe­lons maintenant l'Inconscient qui semble, par son Energie inconsciente, avoir créé l'univers matériel, mais ce n'est là qu'une apparence, car nous finissons par découvrir que tous les arrangements du monde ne peuvent avoir été disposés que par l'action d'une intelligence secrète suprême. L'Etre caché dans ce qui paraît être un vide inconscient émerge dans le monde d'abord dans la Matière, puis dans la Vie, puis dans le Mental, et finalement en tant qu'Esprit. 
L’Énergie apparemment inconsciente qui crée est en fait la Conscience-Force du Divin, et son aspect de conscience, secret dans la Matière, commence à émerger dans la Vie, trouve un peu plus de soi-même dans le Mental, et trouve son être véritable dans une conscience spirituelle, et finale­ment dans une conscience supramentale par laquelle nous sentons la Réalité, nous y pénétrons et nous nous unissons avec elle. 
  C'est ce que nous appelons l'évolution, qui est une évolu­tion de conscience, une évolution de l'Esprit dans les cho­ses, et qui n'est qu'extérieurement une évolution de l'espèce. Et ainsi le délice d'existence émerge de l'insensibi­lité générale, d'abord dans les formes opposées du plaisir et de la douleur, puis doit se découvrir dans la béatitude de l'Esprit ou, comme l'appelaient les Upanishads, la béatitude du Brahman. C'est là l'idée centrale de l'explication de l'univers offerte dans « La Vie divine ». 
  Dans un advaïta réaliste, on n'a pas besoin de considérer le Saguna comme une création du Nirguna, ni même comme lui étant secondaire ou subordonné ; tous deux sont des aspects égaux de l'unique Réalité... Il est raisonnable de supposer que tous deux (le Multiple et l'Un) sont issus de la Réalité qui a manifesté l'univers et que tous deux sont réels. Nous ne pouvons nous débarrasser de l'apparente contradiction — qui en réalité n'est pas une contradiction, mais seulement une concomitance naturelle — qu'en consi­dérant l'un ou l'autre comme une illusion. Mais il n'est guère raisonnable de supposer que la Réalité éternelle per­met l'existence d'une illusion éternelle avec laquelle elle n'a rien à voir, ou qu'elle soutient et impose à l'être une vaine illusion cosmique et n'est capable d'aucune autre action, d'aucune action réelle. La force du Divin est toujours pré­sente dans le silence comme dans l'action, inactive dans le silence, active dans la manifestation. Il n'est guère possible de supposer que la Réalité divine n'a ni puissance ni force, ou que son seul pouvoir est de créer une fausseté univer­selle, un mensonge cosmique, mithyâ
  Sans aucun doute tous les composés, n'étant pas eux-mêmes des choses intégrales, mais des intégrations, peuvent se désintégrer. Il est également vrai de la vie — bien qu'elle ne soit pas un composé physique — qu'elle a une courbe de naissance et d'intégration et, après qu'elle a atteint un cer­tain point, de désintégration, de décrépitude et de mort. Mais ces idées, ces règles de l'existence, ne peuvent pas en toute assurance être appliquées aux choses en elles-mêmes. L'âme n'est pas un composé, mais un « integrum », une chose en soi ; elle ne se désintègre pas, tout au plus entre-t-elle dans la manifestation et en ressort-elle. Cela est vrai même des formes autres que le physique construit ou les formes vitales construites ; elles ne se désintègrent pas, mais apparaissent et disparaissent, ou tout au plus s'estompent hors de la manifestation. Le Mental lui-même, par opposi­tion à des pensées particulières, est quelque chose d'essentiel et de permanent ; c'est un Pouvoir de la Conscience divine. De même la Vie, par opposition aux corps vivants cons­truits ; de même aussi, je crois, ce que nous appelons l'énergie matérielle — et qui est en réalité la force de la substance essentielle en mouvement — est une Puissance de l'Esprit, Les pensées, les vies, les objets matériels sont des formations de ces énergies, construites- ou simplement mani­festées conformément au jeu habituel de l'énergie intéressée. Quant aux éléments, quel est l'état naturel pur d'un élément ? Selon la science moderne, ce que l'on avait coutume d'appeler éléments se révèle être des composés, et l'état naturel pur, s'il y en a un, doit être un état d'énergie pure. C'est en cet état pur que doivent passer les composés, y compris de ce que nous appelons les éléments, lorsque par désintégration ils entrent dans le nirvâna. 
  Qu'est-ce que le nirvâna ? Dans le Bouddhisme ortho­doxe, cela désigne une désintégration, non pas de l'âme —car elle n'existe pas — mais d'un composé mental, d'un courant d'associations ou de samskâras que nous prenons pour nous-même. Dans le Védânta illusionniste, cela désigne non pas une désintégration, mais une disparition d'un moi individuel faux et irréel en l'unique Soi réel ou Brahman ; c'est l'idée ou l'expérience de l'individualité qui ainsi dispa­raît et cesse ; nous pouvons dire que c'est une fausse lumière qui s'éteint (nirvâna) dans la vraie lumière. Dans l'expérience spirituelle, c'est quelquefois la perte de tout sens d'individualité dans une conscience cosmique sans borne ; ce qui était l'individuel ne subsiste que comme cen­tre ou comme canal pour le flot d'une conscience cosmique et d'une force et d'une action cosmiques. Ce peut être aussi l'expérience de la perte de l'individualité dans une cons­cience et un être transcendants, en lesquels disparaît le sens du cosmos ainsi que de l'individu. Ce peut être également dans une transcendance qui est consciente de l'action cosmi­que et la soutient. 
  Mais qu'est-ce que nous entendons par l'individu ? Ce que nous appelons généralement de ce nom est un ego natu­rel, un dispositif de la nature pour maintenir ensemble son action dans le mental et le corps. Cet ego doit être éteint, sinon aucune libération complète n'est possible ; mais le Soi ou âme individuelle n'est pas cet ego. L'âme individuelle est l'être spirituel, que l'on décrit parfois comme une éternelle portion du Divin, mais que l'on peut aussi décrire comme le Divin lui-même qui soutient sa manifestation, le Multiple. Tel est le véritable individu spirituel qui apparaît dans sa complète vérité lorsque nous nous débarrassons de l'ego et de notre faux sens, séparateur, de l'individualité, que nous réalisons notre unité avec le Divin transcendant et cosmique et avec tous les êtres. C'est cela qui rend possible la Vie divine. Le nirvâna est un pas dans cette direction ; la dispa­rition du faux sens, séparateur, de l'individualité est une condition nécessaire pour que nous réalisions notre être éternel véritable et que nous vivions en lui, pour que nous vivions divinement dans le Divin. Mais cela nous pouvons le faire dans le monde et dans la vie. 
  Si l'évolution est une vérité, et si elle n'est pas seulement une évolution physique de l'espèce, mais une évolution de conscience, elle doit être un fait spirituel et pas seulement un fait physique. Dans ce cas, c'est l'individu qui évolue et qui croît en une conscience de plus en plus développée et parfaite — et évidemment cela ne peut pas se réaliser dans le cours d'une seule et brève vie humaine. S'il y a évolution d'un individu conscient, il doit y avoir renaissance... On ne manque pas de preuves de la renaissance, et parfois d'une nature plus que convaincante, mais on ne les a pas encore enregistrées et assemblées méthodiquement. 
  Dans mon explication de l'univers, j'ai mis en avant ce fait cardinal d'une évolution spirituelle comme étant le sens de notre existence ici-bas. C'est une série d'ascensions depuis l'être et la conscience physiques jusqu'au vital, où l'être est dominé par le Moi vital, de là à l'être mental qui est réalisé dans l'homme pleinement développé, et de là dans la conscience parfaite qui est au-delà du mental, dans la conscience supramentale et l'être supramental, la Conscience-Vérité qui est la conscience intégrale de l'être spirituel. Le mental ne peut pas être notre expression cons­ciente dernière, parce que fondamentalement le mental est une ignorance qui cherche la connaissance ; c'est seulement la Conscience-Vérité supramentale qui peut nous apporter dans leur vérité et leur totalité la Connaissance de soi et la Connaissance du monde. C'est par elle seulement que nous pouvons parvenir à notre être véritable et à l'accomplissement de notre évolution spirituelle. 
(Sri Aurobindo, Lettre sur le Yoga I)








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