Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo Un yoga intégral de la connaissance

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

Un yoga intégral de la connaissance



Un yoga intégral de la connaissance doit reconnaître la double nature de cette manifestation : la nature supérieure de Satchidânanda où Il est visible, et la nature inférieure du mental, de la vie et du corps où Il est voilé ; et il doit réconcilier, unir les deux en l'illumination d'une réalisation unitaire. Nous ne devons pas laisser séparées les deux natures et vivre une sorte de double vie, spirituelle au-dedans ou au-dessus, mentale et matérielle au-dehors ou en bas dans notre existence terrestre active; nous devons re-voir et re-modeler notre existence inférieure en la lumière, la force et la joie de la réalité supérieure. Nous devons découvrir que la Matière est un moule de l'Esprit créé par les sens, un véhicule des manifestations de la lumière, de la force et de la joie de Satchidânanda dans les conditions les plus hautes de l'être et de l'activité terrestres. Nous devons voir que la vie est un canal de la Force divine infinie et briser la barrière d'éloignement et de division de cette Force, créée par les sens et le mental ; alors le Pouvoir divin pourra prendre possession de toutes les activités de notre vie, les diriger, les changer, jusqu'au jour où, finalement, notre vitalité transfigurée cessera d'être cette force de vie limitée qui maintenant soutient le mental et le corps, et deviendra une expression de la Force-Consciente toute béatifique de Sat­chidânanda. De même, nous devons changer notre mentalité sensorielle et émotive en une activité de l'Amour divin et de la Félicité universelle ; nous devons charger et saturer de la lumière de la Connaissance-Volonté divine l'intellect qui cherche à savoir et à vouloir en nous, jusqu'au jour où il se transformera et deviendra une expression de cette activité plus haute et sublime.
   Cette transformation ne peut pas être complète ni même s'accomplir vraiment sans l'éveil du mental-de-vérité, échelon qui correspond au Supramental dans l'être mental et qui est capable de recevoir mentalement ses illuminations. Sans une libre ouverture de ce pouvoir intermédiaire, les deux natures, supérieure et inférieure, restent séparées par l'opposition de l'Esprit et du Mental, et, bien qu'il puisse y avoir communica­tion et influence ou que la nature inférieure puisse être saisie par la nature supérieure dans une sorte de transe lumineuse et extatique, il ne peut pas y avoir de pleine ni parfaite trans­figuration de la nature inférieure. Nous pouvons sentir, plus ou moins, par le mental émotif, l'Esprit présent dans la matière et dans toutes ses formes, la Félicité divine présente dans toutes les émotions et toutes les sensations, la Force divine derrière toutes les activités de la vie, nous pouvons en avoir quelque sensation par le mental sensoriel, quelque perception ou con­ception par le mental intellectuel, mais l'inférieur continuera de garder sa nature propre; il limitera, divisera l'action de l'influence d'en haut et altérera son caractère. Même si cette influence revêt sa puissance la plus haute, la plus vaste, la plus intense, elle restera encore irrégulière et désordonnée dans nos activités et ne sera parfaitement reçue que dans le calme et l'immobilité ; nous serons encore sujets à d'obscures réactions et à des périodes d'obscurcissement lorsqu'elle se retirera de nous ; nous aurons tendance à l'oublier dans la tension de la vie ordinaire, sous les chocs extérieurs et le harcèlement des dualités, et à ne la posséder pleinement que lorsque nous serons seuls avec nous-mêmes et avec Dieu, ou seulement à nos moments ou périodes de haute exaltation et d'extase. Car notre mentalité, instrument restreint dans un champ limité et saisissant les choses par fragments et par bribes, est néces­sairement instable, agitée, changeante ; elle ne peut trouver la stabilité qu'en limitant son champ d'action, et la fixité seule­ment dans l'abstention et le repos.
   En fait, nos perceptions de vérité directes viennent du Su­pramental — c'est une Volonté qui sait et une Connaissance qui effectue —, c'est lui qui crée l'ordre universel dans cette infinitude. Quand il s'éveille à l'action, dit le Véda, il fait des­cendre sans restriction les torrents de la pluie du ciel, la pleine coulée des sept rivières de la mer de lumière, de pouvoir et de joie, en haut. Il révèle Satchidânanda. Il révèle la Vérité der­rière les suggestions clairsemées et mal assorties de notre men­talité, et chacune trouve sa place en l'unité de la Vérité qui est derrière; ainsi il peut transformer le clair-obscur de notre mental en une certaine totalité de lumière. Il révèle la Volonté derrière les quêtes tortueuses de notre volonté mentale et les luttes mal réglées de nos souhaits émotifs et de nos efforts vitaux, et chacun trouve sa place en l'unité de la Volonté lumineuse qui est derrière; ainsi il peut transformer la lutte semi­-obscure de notre vie et de notre mental en une certaine totalité de force organisée. Il révèle la Félicité vers laquelle chacune de nos sensations et de nos émotions s'achemine à tâtons et d'où elles retombent bientôt dans un mouvement de satisfaction à demi saisie ou dans l'insatisfaction, la douleur, le chagrin, l'in­différence, et chacune trouve sa place en l'unité de la Félicité universelle qui est derrière; ainsi il peut transformer le conflit de nos émotions et de nos sensations dualisées en une certaine totalité de félicité et d'amour, sereins mais profonds et puis­sants. En outre, parce qu'il révèle le jeu universel, il montre la vérité essentielle d'où procède chaque mouvement et vers laquelle chacun progresse, la force d'accomplissement que chaque mouvement porte en lui-même, la félicité d'être pour laquelle et de laquelle chacun est né, et il relie tous les mouvements à la conscience, à la force, à la félicité et à l'être universels de Satchidânanda. Ainsi il harmonise toutes les op­positions, les divisions, les contradictions de l'existence et nous montre, en chacune, l'Un et Infini. Soulevés dans cette lumière supramentale, la douleur, le plaisir et l'indifférence com­mencent à se transmuer en la joie de l'unique Félicité existant en soi la force et la faiblesse, le succès et l'échec, en des pouvoirs de l'unique Force-Volonté qui s'accomplit ; la vérité et l'erreur, la connaissance et l'ignorance, en la lumière de l'unique Conscience de soi infinie, l'unique Connaissance uni­verselle ; l'accroissement de l'être et la diminution de l'être, les limitations et le dépassement des limites, en vagues de l'unique Existence consciente qui se réalise. Toute notre vie autant que tout notre être essentiel se transforme en une possession de Satchidânanda.
    Par cette connaissance intégrale, nous arrivons à l'unité des buts que se propose la triple voie de la Connaissance, des Œuvres et de la Dévotion. La connaissance vise à la réalisation de l'Existence en soi véritable ; les œuvres, à la réalisation de la divine Volonté-Consciente qui secrètement gouverne toutes les œuvres ; la dévotion à la réalisation de la Béatitude de l'Amant qui a la joie de tous les êtres et de toutes les existences — Sat, Chit-Tapas, Ananda. Car chaque voie vise à la possession de Satchidânanda sous un aspect ou un autre de sa nature divine triple en une. Par la connaissance intégrale nous arrivons tou­jours à notre être vrai, éternel, immuable, à l'Existant en soi que chaque "je" dans l'univers représente obscurément, et nous annulons toute différence en la grande réalisation: sô'ham, je suis Lui, et, en même temps, nous arrivons à notre identité avec tous les autres êtres.
    Mais en outre, la connaissance intégrale nous fait percevoir que cette Existence infinie est la Force consciente qui crée et gouverne les mondes et se manifeste en leurs œuvres; elle nous révèle que l'Existant en soi, par sa volonté-consciente universelle, est le Seigneur, Ishwara. Elle nous rend capables d'unir notre volonté à la Sienne, de découvrir Sa volonté dans les énergies de toutes les existences et de voir que l'accom­plissement de ces énergies dans les autres fait partie de notre propre accomplissement universel. Ainsi, la connaissance in­tégrale fait disparaître la réalité du conflit, de la division et de l'opposition, et laisse seulement leurs apparences. Par cette connaissance, nous arrivons donc à la possibilité d'une action divine, c'est-à-dire à un fonctionnement qui reste personnel pour notre nature, mais impersonnel pour notre être puisqu'il procède de Cela qui est par-delà notre ego et n'agit qu'avec Sa sanction universelle. Nous accomplissons nos œuvres avec éga­lité, sans être liés à l'action ni à ses résultats, à l'unisson du Suprême, à l'unisson de l'universel, libres de toute responsabi­lité séparée dans nos actes et, par conséquent, non affectés par leurs réactions. L'accomplissement de la voie des Œuvres tel que nous l'avons vu devient ainsi une annexe et un résultat de la voie de la Connaissance.
   Enfin, la connaissance intégrale nous révèle que l'Existant en soi est le parfaitement Béatifique; en tant que Satchidânanda, origine du monde et de tous les êtres, Il accepte leur adora­tion, de même qu'Il accepte les œuvres de leur aspiration et les recherches de leur connaissance ; Il se penche vers eux et les attire à Lui pour les prendre tous en la joie de Son être divin. Puisque nous savons qu'Il est notre Moi divin, nous devenons un avec Lui, de même que l'amant et la bien-aimée deviennent un, et nous avons l'extase de cet embrassement. Et puisque nous savons aussi qu'Il est en tous les êtres, puisque nous percevons la gloire, la beauté et la joie du Bien-Aimé en toutes choses, nous transformons notre âme en la passion de la Félicité universelle, en l'immensité, la joie de l'Amour uni­versel. Le sommet de la voie de la Dévotion, nous le verrons, devient également une annexe et un résultat de la voie de la Connaissance.
   Ainsi, par la connaissance intégrale, nous unifions tout en l'Un. Nous assumons tous les accords de la musique uni­verselle, tous ses accents, doux ou discordants, puissants ou faibles, distincts ou étouffés, toutes ses suggestions lumineuses ou obscures, et les trouvons tous changés et tous réconciliés en l'harmonie indivisible de Satchidânanda. La Connaissance apporte aussi le Pouvoir et la Joie. "Comment serait-il trompé et d'où aurait-il de la peine, celui qui voit partout l'Unité ? ¹"


¹Îsha Oupanishad, 7.

Sri Aurobindo , LA SYNTHÈSE DES YOGA II, chapitre XVI— L'Unité 


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