Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo La civilisation n'est jamais à l'abri

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

La civilisation n'est jamais à l'abri



      L'ancienne civilisation hellénique ou gréco-romaine périt, entre autres raisons, d'avoir imparfaitement généralisé la culture dans sa propre société et parce qu'elle était environnée d'énormes masses humaines encore dominées par des habitudes mentales barbares. La civilisation n'est jamais à l'abri tant qu'elle limite la culture mentale à une petite minorité et entretient dans son sein une formidable masse d'ignorance, une foule, un prolétariat. La connaissance doit s'élargir d'en haut, sinon elle sera toujours en danger d'être submergée par la nuit ignorante d'en bas, La civilisation est encore bien plus menacée quand elle permet qu'une énorme masse d'hommes existe hors de son sein, ignorants de sa lumière, pleins de la vigueur naturelle du barbare, et qui peuvent à, tout moment S'emparer des armes matérielles des civilisés sans être passés par la transformation intellectuelle de leur culture. Ainsi, la culture gréco-romaine périt du dedans et du dehors à la fois : du dehors, sous le flot de la barbarie teutonne; du dedans, par la perte de sa vitalité. Elle a donné au prolétariat une certaine part de confort et d'amusement, mais ne l'a pas élevé jusqu'à la lumière. Quand la lumière atteignit les masses, ce fut du dehors, sous la forme de la religion chrétienne; et celle-ci survint en ennemie de l'ancienne culture. S'adressant au pauvre, à l'opprimé, à l'ignorant, la religion a cherché à captiver l'âme et la partie morale de l'individu, mais elle s'est fort peu souciée — ou pas du tout — du mental pensant, satisfaite de le laisser dans l'obscurité si le coeur pouvait être persuadé de sentir la vérité religieuse. De même, quand les barbares s'emparèrent du monde occidental, l'Église se contenta de les christianiser mais ne considéra pas que ce fût son rôle de les intellectualiser. Se méfiant même du libre jeu de l'intelligence, l'esprit clérical et monastique chrétien devint anti-intellectuel, laissant aux Arabes le soin de réintroduire les rudiments d'une connaissance scientifique et philosophique dans une chrétienté semi-barbare, puis à l'esprit semi-païen de la Renaissance, suivi d'une longue lutte de la religion et de la science, le privilège de compléter le retour d'une libre culture intellectuelle et la réémergence mentale de l'Europe. La connaissance doit être militante si elle choisit de survivre et de se perpétuer; admettre une ignorance généralisée, au-dessous ou alentour, c'est exposer l'humanité au danger perpétuel d'une rechute dans la barbarie.

      Le monde moderne ne permet plus que le danger se répète sous sa vieille forme ni à l'ancienne échelle. La science est là pour l'empêcher. Elle a équipé la culture de moyens de se perpétuer. Elle a doté les races civilisées d'armes d'organisation, d'agression et de défense que nul peuple barbare ne peut utiliser avec succès, à moins qu'il cesse d'être non-civilisé et qu'il acquière une connaissance que seule la science peut donner. Elle a appris aussi que l'ignorance est une ennemie que l'on ne peut pas se permettre de mépriser et elle s'est mise à l'œuvre pour l'éliminer partout où elle se trouvait. L'idéal d'une éducation générale (du moins jusqu'à un certain niveau d'instruction mentale et de développement des aptitudes) lui doit en grande partie sa naissance, ou du moins d'être devenu pratiquement possible. La science s'est répandue partout avec une force irrésistible, implantant dans la mentalité de trois continents le désir d'une connaissance accrue. Elle a fait de l'éducation générale la condition indispensable de la force et de l'efficacité nationales et, par suite, elle en a imposé le désir, non seulement à tous les peuples libres mais à toutes les nations qui aspirent à être libres et à survivre, si bien que l'universalisation de la connaissance et de l'activité intellectuelle dans l'espèce humaine n'est plus maintenant qu'une question de temps; seuls, certains obstacles politiques et économiques lui barrent encore la route, mais la pensée et les tendances de l'époque travaillent déjà à les surmonter. En somme, la science a maintenant définitivement élargi les horizons intellectuels de l'espèce; elle a élevé, aiguisé et puissamment intensifié la capacité intellectuelle générale de l'humanité.

      Il est vrai que les premières tendances de la science ont été matérialistes et que son triomphe indubitable se réduit à la connaissance de l'univers physique, du corps et de la vie physique. Mais ce matérialisme est très différent de l'ancienne identification du moi avec le corps. Quelles que soient ses tendances apparentes, le matérialisme est vraiment une affirmation de l'homme en tant qu'être mental et de la suprématie de l'intelligence. La science, de par sa nature même, est connaissance, intellectualité; tout son travail est celui du Mental penché sur son milieu et son environnement physique et vital afin de connaître, de conquérir et de dominer la vie et la matière. Le savant est l'Homme en tant qu'être pensant qui maîtrise les forces de la Nature matérielle en les connaissant. Après tout, la vie et la matière sont notre point d'appui, notre base inférieure; connaître leurs processus, leurs ressources et les possibilités qu'elles offrent à l'être humain, font partie de la connaissance nécessaire pour les transcender. La vie et le corps doivent être dépassés, mais ils doivent être aussi utilisés et perfectionnés. Mais, d'autre part, nous ne pouvons pas connaître entièrement les lois et les possibilités de la Nature physique à moins de connaître également les lois et les possibilités s de la Nature supra-physique. Par conséquent, le développement de nouvelles sciences mentales et psychiques, ou la redécouverte de ces mêmes sciences anciennes, doivent suivre immédiatement la perfection de notre connaissance physique. Déjà, cette ère nouvelle commence à poindre devant nous. Cependant, la perfection des sciences physiques était une nécessité préalable; c'était le premier terrain d'entraînement du mental de l'homme dans son nouvel effort pour connaître la Nature et posséder son monde.

Sri Aurobindo, LE CYCLE HUMAIN, chp.VIII, Civilisation et Barbarie

CIVILISATION ET BARBARIE



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