Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo LA PERSISTANCE DE l'EGO

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

LA PERSISTANCE DE l'EGO

Quand l'être mental n'est pas suffisamment pur, la déli­vrance semble tout d'abord partielle et temporaire ; il semble que le Jîva retombe encore dans la vie égoïste et que la cons­cience supérieure se retire de lui. Il arrive, en fait, qu'un nuage ou un voile s'interpose entre la nature inférieure et la cons­cience supérieure, et, pendant un certain temps, la Prakriti reprend ses vieilles habitudes et travaille sous la pression de cette haute expérience, mais sans toujours en avoir la connais­sance ni le souvenir immédiat. C'est le spectre du vieil ego qui agit en elle, profitant des vestiges de confusion et d'impureté dans l'organisme pour soutenir la répétition mécanique des vieilles habitudes. Le nuage vient, puis disparaît ; le rythme d'ascension et de descente se répète jusqu'à ce que l'impureté soit éliminée. Ces périodes d'alternance sont souvent longues dans le yoga intégral, car ce yoga exige une perfection com­plète de notre organisme ; celui-ci doit être capable à tout moment et en toutes circonstances, dans l'action comme dans l'inaction, d'abord de recevoir, puis de vivre dans la conscience de la Vérité suprême. Il ne suffit pas non plus que le sâdhak arrive à la réalisation absolue dans la transe du samâdhi ni dans une quiétude sans mouvement ; il faut qu'en transe comme en éveil, dans la réflexion passive comme dans l'énergie de l'action, il soit capable de rester dans le samâdhi constant d'une conscience solidement établie en le Brahman*. Mais si notre être conscient est devenu suffisamment pur et clair, nous possédons une position ferme dans la conscience supérieure. Le Jîva impersonnalisé, uni à l'universel ou possédé par le Transcendant, vit dans une haute station** et, tranquille, regarde en bas les vestiges des vieilles opérations de la Nature qui peuvent venir revisiter l'organisme. Il ne peut pas être affecté par les opérations des trois modes de la Prakriti dans son être inférieur, ni même ébranlé dans sa position par les attaques de la douleur et de la souffrance. Finalement, tout voile dis­paru, la paix d'en haut domine les perturbations et la mobilité d'en bas. Un silence permanent s'établit où l'âme peut prendre souverainement possession d'elle-même au-dessus, au-dessous et totalement.
Pareille possession n'est certes pas le but du yoga tradition­nel de la connaissance, dont l'objet est plutôt d'échapper à l'au-dessus et à l'au-dessous, et à tout, pour se fondre en l'indéfinissable Absolu. Mais quel que soit le but poursuivi, la voie de la connaissance doit conduire à un premier résultat : la quiétude absolue ; car, à moins que la vieille action de la Nature en nous ne soit complètement tranquillisée, il est difficile, sinon impossible, de fonder une véritable position d'âme ni une activité divine. Notre nature agit dans la confusion, elle est contrainte fiévreusement à l'action — le Divin agit librement dans un calme insondable. Dans cet abîme de tranquillité, nous devons plonger, devenir cet abîme si nous voulons annu­ler l'emprise de la nature inférieure sur l'âme. C'est pourquoi le Jîva universalisé monte d'abord dans le Silence; il devient vaste, tranquille, non agissant. Toute action, celle du corps et des organes ou n'importe, le Jîva la voit mais n'y prend point part, ne l'autorise pas et ne s'y associe d'aucune manière. Il y a action, mais pas d'acteur personnel, pas de servitude, pas de responsabilité. Si quelque action personnelle est nécessaire, le Jîva doit alors garder ou recouvrer ce que nous avons appelé la forme de l'ego, une sorte d'image mentale d'un "Je" qui joue le rôle de connaisseur, d'adorateur, de serviteur ou d'instru­ment, mais une image seulement, non une réalité. L'action peut persister même sans ce "Je", par la seule force acquise de la Prakriti, sans aucun acteur personnel, sans même le moindre sentiment d'un acteur ; car le Moi en lequel le Jîva a fondu son être est le "sans action", l'immobile insondable. La voie des oeuvres mène à la réalisation du Seigneur, mais la voie de la connaissance ne parle même pas du Seigneur; il existe seule­ment le Moi silencieux, et Prakriti qui accomplit ses oeuvres, et elle ne les accomplit même pas avec des entités vraiment vi­vantes, comme il y paraît tout d'abord, mais avec des noms et des formes qui ont une existence en le Moi, mais aucune réalité pour le Moi. L'âme peut même aller au-delà de cette réalisation ; elle peut s'élever de l'autre côté de toute idée de Moi, jusqu'au Brahman perçu comme Vide de tout ce qui est ici, Vide de paix sans nom et d'extinction de tout ; elle peut aller par-delà même toute idée de Sat, et même par-delà toute idée d'Existant comme base impersonnelle de la personnalité individuelle et universelle; ou elle peut s'unir à lui comme à un ineffable "Cela" dont rien ne peut être dit; car l'univers et tout ce qui est n'existe même pas en Cela, et apparaît au mental comme un rêve plus immatériel que tout rêve jamais vu ou imaginé, au point que même le mot de rêve semble trop positif pour exprimer cette totale irréalité. Ces expériences sont le fondement de l'Illusionnisme altier qui s'empare si solidement du mental humain quand il franchit ses plus hautes limites.
Ces notions de rêve et d'illusion sont simplement le résultat, dans ce qui nous reste encore de mentalité, de la nouvelle position du Jîva et de son refus de céder à ses anciennes associations et conceptions mentales de la vie et de l'existence. En réalité, la Prakriti n'agit pas pour elle-même ni de sa propre initiative ; c'est le Moi qui est le seigneur, car de ce Silence jaillit toute action, et ce Vide apparent met comme en mouve­ment toute la richesse infinie des expériences. À cette réalisa­tion, le sâdhak du yoga intégral doit aussi parvenir en suivant le procédé que nous allons décrire plus loin. Mais quand le Jîva reprendra prise sur l'univers et qu'il verra que ce n'est plus lui-même qui est dans le monde, mais le cosmos qui est en lui, quelle sera alors sa position ou qu'est-ce qui, dans sa nou­velle conscience, prendra la place du sens de l'ego ? — Il n'y aura plus de sens de l'ego, même s'il se produit une sorte d'individualisation de la conscience universelle pour les besoins du jeu de la conscience universelle dans un mental et dans un cadre individuels ; et pour la bonne raison que tout sera l'Un, inoubliablement, et que chaque Personne ou chaque Pourousha sera, pour le sâdhak, l'Un sous l'une de ses innombrables formes, ou plutôt sous l'un de ses innombrables aspects et dans l'une de ses innombrables positions — Brahman agissant sur Brahman, un seul et unique Nara-Nârâyana partout***. Dans ce jeu plus vaste du Divin, la joie des relations d'amour divin est possible aussi sans retomber dans le sens de l'ego, un peu comme en l'état suprême de l'amour humain dont on a pu dire qu'il était l'unité d'une seule âme en deux corps. Le sens de l'ego n'est pas indispensable au jeu du monde — il est tellement actif et pourtant falsifie tellement la vérité des choses ! La vérité est toujours l'Un, à l'œuvre avec lui-même, jouant avec lui-même, infini dans l'unité, infini dans la multiplicité. Quand la conscience individualisée s'élève à la vérité du jeu cosmique et vit là, alors, même en pleine action, même en possession de l'être inférieur, le Jîva reste toujours un avec le Seigneur, et il n'existe plus de servitude ni d'illusion. Il est en possession du Moi et délivré de l'ego.

* Bhagavad-Guîtâ
** oudâsîna: littéralement, "assis au-dessus", mot qui désigne "l'indifférence" spirituelle, c'est-à-dire la liberté sans attache d'une âme touchée par la connaissance suprême. (Note de Sri Aurobindo)
*** Le Divin, Nârâyana, devient un avec l'humanité, de même que l'homme, Nara, devient un avec le Divin. (Note de Sri Aurobindo)
Srî Aurobindo, La Synthèse des Yogas II-Le yoga de la connaissance intégrale-, 
Chp. CHAPITRE IX, La délivrance de l'ego, p90 à p94
Traduit de l'Anglais par la Mère.
En lien:
LA DÉLIVRANCE DE L'EGO
LE SENS DE L'EGO
TRANSCENDER L'EGO
LA PERSISTANCE DE L'EGO




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